• VIENT DE PARAÎTRE

    Jacques Ancet 

    Zone franche

    Poèmes II
    1974-1980
     
    Tarabuste
     
     
     
    lisière


    ce qui commence n'a
    pas de nom
    ce qui bouge
    un peu de sang
    qui brille dans l'obscur
    des lèvres peut-être
    des feuilles une
    main dessinant
    la page noire encore





    ce qui parle n'a
    pas non plus de voix
    crissement sous la pierre
    grincement sous l'écorce
    des lèvres cherchent
    à le dire haleine
    flottant un instant dispersé
    par le vent par
    le temps sans visage
    ce qui parle n'a
    pas de mots
    seule une trace claire
    sur l'ombre de la page





    traçant un chemin
    vers ce qui est sans nom
    signes obscurs et
    mouvements du corps

    écoutant
               guettant
                 éclat
    jeté contre la vitre noire

    brisant
               l'un après
    l'autre chaque
                 mot
    pour commencer
                  le jour



    à la pointe du jour
    veille l'éclair du sang
    le silence n'est plus noir
    les mots cherchent l'issue
    lampe ou miroir?



    si proche le soleil


    un cri traverse le silence


    la main touche son ombre


    le corps parle jaune

     

    votre commentaire
  • VIENT DE PARAÎTRE

    Jacques Ancet 

    Perdre les traces

    La Rumeur Libre
     


    Il suit les traces. Il les perd.
    Dans le plein, il voit le vide.
    Des noms se dispersent. Il voit
    luire les restes du jour.
    Il ne compte plus sur ses doigts.
    Il ne ferme pas les yeux.
    Il est au bord. Il attend.
                   
                      *

    Seul, avec le noir de la nuit
    qui persiste dans le jour.
    Seul, même avec, à côté,
    le pied, la main, le visage,
    le partage du silence,
    chaque objet dans son contour.
    Seul avec la voix qui parle.

                       *
       
    Le bruit sec que fait la tasse.
    C'est bien, dit-il, c'est très bien.
    Et maintenant, que fait-on ?
    Du jour est tombé un voile
    gris. Personne n'entend rien
    ni ne comprend rien, d'ailleurs.
    Il regarde, il ne voit pas.

                        *

    Parfois il voit la lumière :
    elle vient sans qu'il l'attende.
    Elle est là sur une feuille,
    sur le sol, sur les doigts.
    Il ne compte plus. Les nombres
    se sont perdu. Il attend
    prononce un mot — et l'oublie.

                        *
    Il se dit qu'il est trop tard.
    Malgré tout, il continue.
    Les ombres tremblent toujours
    et les voix n'ont pas cessé.
    Il pourrait bien les comprendre
    mais comprendre, pour quoi faire ?
    Le jour est une étincelle.
     

    votre commentaire
  • VIENT DE PARAÎTRE

    Jacques Ancet

    L'Amitié des voix

    I Les Voix du temps

    Editions publie.net

     

         Les textes ici réunis sont de plusieurs ordres : des essais, des préfaces à des traductions, et de simples notes de lecture. Ces notes, j’ai beaucoup hésité à les faire figurer dans cet ensemble. Si je me suis décidé, c’est parce que, malgré leurs limitations évidentes (elles ne portent souvent que sur un livre et parfois sur des écrivains ou des poètes un peu oubliés), et à côté d’études plus générales et d’une plus grande extension, elles témoignent d’un itinéraire de lecteur guidé surtout par les circonstances et un plaisir ou une émotion que j’espère pouvoir encore faire partager. Qu’on ne voie donc là aucun panorama ou palmarès mais, plutôt, une géographie de préférences personnelles qui s’étend sur près de quarante ans. Les voix dont il est question dans le titre viennent d’époques et d’horizons différents avec, bien sûr, une dominante franco-hispanique où se confond ma double activité d’écrivain et de traducteur.
        Mais pourquoi avoir entrepris ce travail ? Peut-être, d’abord, afin de mettre de l’ordre là où il n’existe que le désordre du devenir qui emporte, qui efface tout. Autrement dit, pour garder une trace. Avec cet étonnement de voir, au fil du temps, se dessiner un chemin qui n’existait pas au moment où je le parcourais. Un chemin ou une cohérence qui tient à un questionnement insistant déjà au centre d’un recueil d’essais récemment paru : qu’en est-il des rapports de l’écriture et du réel — de la littérature et de la vie ? C’est pourquoi ce livre ne pouvait s’ouvrir que par une réflexion sur Don Quichotte qui est, sans doute, la tentative la plus profonde jamais menée pour répondre à cette question. Et c’est, peut-être ce qui réunit les auteurs ici présents. Avec, aussi, le cours d’une existence habitée par l’amitié de ces voix qui, toutes, ponctuellement ou plus durablement, m’ont accompagné au long des années. C’est ainsi que, tout autant que réflexion au sens spéculatif, ces textes le sont au sens spéculaire du terme : ils réfléchissent une clarté — une échappée — qui  a souvent éclairé ma lecture et ma vie et dont, depuis longtemps, je voulais témoigner.
        L’ordre choisi n’est, tout simplement, que l’ordre chronologique : quatre auteurs du XVIe siècle espagnol et deux du XIXe français (Cervantes, Jean de la Croix, Góngora, Quevedo, Mallarmé, Rimbaud) ; des auteurs nés à la fin du XIXe siècle et dont la vie et l’œuvre se sont déroulées pour une bonne part dans la première moitié du XXe (Unamuno, Jiménez, Gómez de la Serna, Reverdy, Huidobro) ; des auteurs nés dans la première et au début de la seconde décennie du même siècle (Aleixandre, Cernuda, Zambrano, Guillevic, Ritsos, Simon, Cortázar, Malrieu, Paz) .
         Le deuxième tome, Le temps des voix, réunit pour sa part des auteurs contemporains presque tous encore vivants, dont la naissance s’échelonne, en gros, dans la décennie des années 20 et 30 et 30 et 40. D’autres auraient pu figurer ici, notamment de plus jeunes, mais il fallait se donner des limites et c’est bien arbitrairement que ce parcours s’achève finalement avec deux auteurs nés au seuil des années 40, auxquels est venu récemment s’adjoindre, par l’effet des circonstances, en l’occurrence sa disparition prématurée, la voix d’Antoine Emaz.


    votre commentaire
  •  

    VIENT DE PARAÎTRE

    Jacques Ancet 

    La vie, malgré

     

    Lettres Vives

     

    La vie, malgré. Malgré quoi ? Malgré tout. Tout ce qui l’obscurcit, la salit, la détruit. La vie malgré la douleur, la déchéance, la mort. Au jour le jour. « Chronique », donc. Comme cette Chronique d’un égarement dont ce livre est en quelque sorte un prolongement. Ou « journal », si l’on préfère. Journal du temps. Car ces pages relèvent essentiellement du journal, de cette écriture non pas des événements de ma vie, de mes sentiments, de mes pensées, mais du jour, de sa lumière, de son perpétuel recommencement — de cette extase ou Amnésie du présent, pour reprendre le titre d’un essai récemment paru. Journal, oui, de l’énigme d’être là, d’être vivant. Comme, à propos du poème, et à sa manière inimitable, Mallarmé l’a, en son temps, si parfaitement formulé : « Tout le vol vital de traits composant ces chants brefs, équivaut, sitôt leur évanouissement, au plus transparent silence, muet comme l’émotion de vivre. »

     

     

    Suivre le murmure

     

     

    On ne se bat pas — on est le champ de bataille. D’ailleurs, contre qui, se battre ? On ne sent rien, on ne voit rien, on n’entend rien. Dehors, rien n’a changé : l’air et le visage qui sourit. Et tout semble si tranquille. C’est dedans que ça se bat — et on suit : on ne fait que suivre.

     

     

     Comment dire moi, puisque moi — comment dire — ça n’est pas moi ? Une pluie d’éclats et d’ombres, comme un feuillage agité par le vent. Un sommeil, un  éveil confondus, des visions — montagne table, vent, pieds croisés — un aveuglement, oui. Et comment ne pas dire ce vacillement bref : quelque chose se tient là — quelque chose n’est plus là.

     

     

     Quelque chose qui ? Le pli obscur ? Quelque chose quoi ? Lente, obstinée, la pluie qui dure ? Ce qu’on cherche est là. Mais où ? Dans la lueur des gouttes ? Dans les mots qu’on écoute ? Qu’entend-t-on ? Que voit-on ? Les oreilles sont des yeux. Dedans, pourtant, n’a pas d’oreilles. Ni de bouche. Dedans, c’est dehors. On y est sans y être. On y entend la voix ? Et que dit-elle ?

     

     

     Elle dit ce qu’elle dit. Et ce qu’elle dit, c’est elle. On l’entend sans l’entendre. On plaisante, on rit, elle est là. Et quand on croit se taire, c’est elle qui parle. Elle ou lui ? Ni l’une ni l’autre. En silence elle luit. Met du clair sous les mots. Traverse le jour, veille la nuit, s’arrête dans une image : gravier laurier, un peu de vent. On la reconnaît, elle vient de loin — ou de tout près, c’est pareil.

     

     

     Elle dit : ne regarde pas, écoute. C’est comme si elle tendait la main et pourtant ne montrait rien. Ou une confusion de couleurs et de formes. Et quelque chose comme un vent qui les traverse, les éparpille. Ecoute, oui, écoute. Laisse les images, suis le murmure.

     


    votre commentaire
  • VIENT DE PARAÎTRE

    Jacques Ancet 

    Chutes V

    Alidades

    Chutes: non pas ce qu'on a laissé tomber, mais, en retrait de l'écriture, le mouvement de la pensée, lacunaire, éclectique en apparence et pourtant toujours revenant aux mêmes questions, comme une lampe qu'on déplace autour d'un objet, dont s'éclairent les différentes faces, dans le recherche jamais atteinte d'une totalité toujours ouverte.

    Ce cinquième cahier rassemble les notes de 2005 à 2010.

    L'Éditeur

     


    votre commentaire


    Suivre le flux RSS des articles de cette rubrique
    Suivre le flux RSS des commentaires de cette rubrique