• VIENT DE PARAÎTRE

    Jacques Ancet

    Petite suite pour jours obscurs

    peintures de Guy Calamusa

    Edtions Les Arêtes

     

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    Le pied bouge, le jour baisse.
    Le temps est comme un peu d’eau
    sur les doigts. Tu ne vois plus
    que ce qui s’en va — ou vient.
    Entre, il n’y a plus qu’un cri.


    *

    Sans savoir, tu continues.

    Mais pour t’arrêter très vite.
    Devant, les choses se ferment,
    derrière tu les vois s’ouvrir.
    Plus tu vas, plus tu recules.

    *

    Tu arrives à une porte.
    Derrière, un bruit de voix sourdes.
    Une affiche vous indique :
    présentez-vous à l’accueil.
    Le couloir est sans issue.


    *
    Les mots m’aveuglent, dit-il.
    J’entre dans ce que j’ignore.
    Et cependant rien ne bouge
    ni les doigts, ni la lumière
    ni le sang contre le mur.


    *

    Tu ne sais pas comment dire
    mais quand même tu dis, tu
    poses ce mot, et cet autre,
    ciseaux, par exemple, ou pluie,
    et c’est la vie qui te dit.


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  • VIENT DE PARAÎTRE

     

    Jacques Ancet

     

     

     

    Le Dénouement

    edtions publie.net

    Notre conditionnement à ce que nous croyons être notre existence est-il tel que seul un bouleversement violent de toutes nos habitudes puisse réussir à le rompre ? Un deuil, par exemple. Le narrateur de Le Dénouement subit, avec la mort brutale de sa femme, la force d’effraction du réel en même temps qu’il trouve dans le langage (la rédaction de son journal) l’unique moyen de survivre. Un autre espace s’ouvre à lui, zone franche où le temps vacille, lieu d’une expérience indissolublement physique et métaphysique. Affronté à l’extrême (le silence, la solitude, le vide, la peur, le mal), pourra-t-il enfin se trouver dans la perte de tout ? Itinéraire initiatique de la découverte du sens dans sa destruction même, Le Dénouement nous conduit au bord de quelques chose dont son auteur ne peut parler puisque cela se passe en-deçà ou au-delà des mots. Seul le lecteur pourra peut-être y parvenir, lui qui, participant à la création du livre, lui offre une chance d’exister par la vie même qu’il lui insuffle.

                                                             

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  • VIENT DE PARAÎTRE

     

    Jacques Ancet

     

    L'Àge du fragment

    peintures de Jean Murat

    Editions Æncrages & Co

     


    J’entre dans l’âge du fragment. Les choses se serrent, éclatent : esquilles, fibrilles, sang sur les doigts. Et la neige, toujours.

                                                                                  *
    Je vois venir ce qui vient. L’obscur d’une nuée heurte et couvre la lumière. Je ferme les yeux. Je ne cesse de voir. L’éclat de l’acier, quelques gouttes de sang. Je voudrais me taire, mais entre lèvres et dents, la voix s’est glissée. Plainte ou cri, je ne la reconnais plus. J’ouvre les yeux. Le couperet de l’instant tombe. Ma tête roule.

                                                                                  *


    La lame tranche, mais la bouche reste intacte. Elle ne cesse de parler et les mots qui lui échappent forment un ruisseau bruissant où s’en vont les phrases comme de frêles esquifs. Que disent-elles que nous ne comprenons pas ? Et où est resté le corps ? Dans les décharges ou les forêts dévastées. La voix ne se tait pas. L’après-midi ressemble à une image.


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  • VIENT DE PARAÎTRE

    Jacques Ancet

    Huit fois le jour

    Editions Lettres Vives

     

     

            Quand je serai entré dans l’instant je n’en sortirai plus. Mais l’instant est impénétrable.

             Il me pénètre et me laisse une inguérissable blessure. Il coud et découd ma vie.

             Je regarde tout autour. Les choses qui semblent attendre n’attendent rien. J’ouvre les mains :

             Elles sont pleines d’un soleil éblouissant où tout brille et disparaît. Je les referme :
    elles

         sont pleines de vide.


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  • VIENT DE PARAÎTRE

     

     

     

    JACQUES ANCET
    Les livres et la vie
    Editions Centrifuges, 2015

     

    C'est toujours avec un vague malaise, un peu superstitieux peut-être, que je lis les autobiographies : leur auteur s'y présente comme à la fin d'une vie, présentant un bilan qu'il assortit généralement d'un occulte plaidoyer pro-domo. Cependant, lorsque le témoignage se développe autour d'un thème particulier (ici littérature et poésie) et plaide avec franchise pour l'exposé du lent processus d'évolution d'une passion créatrice, telle que celle du poète et traducteur Jacques Ancet pour la poésie, j'avoue que la curiosité l'emporte. Jacques Ancet dans ce livre décrit et résume un trajet d'écrivain depuis son origine jusqu'au présent, avec le charme des mémoires, de surcroît pour un lecteur extérieur, il nous initie avec simplicité au cheminement d'un talent créateur, à travers les livres et les circonstances qui ont accompagné sa maturation. L'intérêt du livre est qu'il semble ne rien esquiver des joies et des déboires du poète en cours de conquête de son espace poétique. Les illusions et les désillusions, les problèmes théoriques ou pratiques qu'il se pose, de la conception de la littérature et de la poésie qu'il se forge, jusqu'à la résulution du difficile problème pour un poète nouveau (surtout) de trouver éditeur. Ce processus vital est l'occasion de diverses méditations, en passant, qui entremêlent la vie et la réflexion sur la vie, les livres et la réflexion sur les auteurs et les influences. De sorte que chaque page de ce regard en arrière nourrit aussi de ses surprises la méditation du lecteur toujours avide, comme moi, de connaître par où passent les germes de la création chez un artiste, poète ou musicien, et d'observer quelle sorte de cheminement les développe et les accomplit après toutes sortes de méandres labyrinthiques ! Il faut sans doute une certaine force intérieure pour consentir à dévoiler les ramifications intimes qui ont abouti à l'oeuvre riche et diverse dont Jacques Ancet peut exciper aujourd'hui. S'il ne fallait ici témoigner de cette richesse que par une seule citation, je choisirais ce passage-ci qui me semble d'une justesse, - euh, comment dire ? - irrémédiable !
    Le voici, extrait de la page 71 : « [...] Parler – écrire -, ce serait faire résonner le monde, en tirer une certaine résonance. Notre rapport au monde étant de part en part médiatisé, constitué, même, par le langage, toute parole véritable, parce qu'elle est une parole à l'état naissant, engendre d'une certaine façon un monde qui, lui-aussi, nous apparaît à l'état naissant. La poésie serait donc une parole qui suscite un monde. [...] » Il me semble qu'une autobiographie littéraire qui nous amène avec une telle simplicité à des idées aussi inspirantes, mérite tout à fait d'intéresser au premier chef tous les amis obstinés de la poésie et de la littérature.

                                                                                 X. Bordes. Paris, 22/09/2015.

     


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