• ODE AU RECOMMENCEMENT

    Editions Lettres Vives




        Je reviens, j’ai été absent des semaines, le vent pourtant n’a cessé de souffler et la lumière d’éclairer les visages

        je reviens le ciel retombe sur mes yeux avec une lenteur d’enfance, je ne sais plus si c’est bien moi

        qui parle ou si de moi ne reste que ce peu de paroles éparpillées que je ne reconnais plus

        mais je reviens, écoutez, le monde me traverse toujours, il a des flaques de sang, des mouches, une douleur trop grande pour être dite   

        le monde est noir et il fait mal, le monde, il a des petits yeux méchants, ils vous regardent, vous épient

        vous entrez dans une histoire sans queue ni tête, on dit c’est la vie, elle vous regarde de loin déjà, elle vous mange

        alors comment revenir comment dire c’est moi regarde c’est moi encore je suis là

        pour la montagne et pour l’herbe, pour le cri de la corneille, le chêne et la clôture

        pour tout ce que j’ignore, mais qui réclame un peu de place entre mes mots, un fil luisant entre feuille et pierre

        un peu de terre sous la semelle, ce numéro de téléphone sans visage et sans voix, trop de feuilles sèches pour la saison

        je reviens, mais qui m’a attendu, les pièces sont vides, quand j’y entre je ne trouve qu’un peu de poussière au bord des fenêtres

        et les taches pâles des tableaux absents sur les murs, le jour est un désert trop encombré de phrases et d’objets

        les vaches broutent dans nos chaussures

        leur souffle chaud fait une buée où nos yeux s’évaporent




    Je reviens, mais j’ai déjà perdu le fil, les oiseaux passent comme des flèches destinées au soleil et je regarde à mes pieds ce qui reste du temps

    les bruits divers du jour m’assiègent et tous les titres des journaux réunis font une boue dans laquelle je patauge sans pouvoir en sortir

    je regarde devant moi l’invasion invisible, l’âge couvert de tiques, de toiles d’araignées, de taches d’excrément, et la matière

    pullule tout autour, me submerge de son grouillement sans fin

    j’ai dans les yeux des images perdues qui remontent comme du fond d’une cave où elles auraient attendu la porte ouverte, les pas dans l’escalier

    je reviens, mais je ne sais d’où ni où j’arrive, j’avance dans une confusion telle que je ne sais plus si j’avance ou si je recule

    il y a une soirée d’été pareille à tant d’autres, insectes, cloche lointaine, ronflements sur l’horizon, avec le brusque croassement d’une corneille pour confidence

    il y a une ville, sirènes, gratte-ciels et maisons basses, une pharmacie au coin d’une rue, des caisses de soda, des rires

    il y a tout ce que je ne dirai pas et qui m’accable, j’ouvre un cahier et j’écris autre chose, toujours autre chose que ce que je voudrais dire

    le frisson lumineux de l‘herbe, par exemple, cette canette de bière vide roulée sur le trottoir ou, simplement, les quatre doigts de pied posés tout près et qui bougent un peu

    il y a tout ce que je dis, tout ce qui est là, mais je n’entends rien et pourtant, oui, je sens ce passage muet, comme un frôlement

    non, ce n’est pas le vent, c’est un souffle léger sous les mots, qui les porte, les pousse, les réunit et qui les laisse là

    alors dire je reviens, c’est peut-être entendre simplement ce murmure, on dirait une voix, très loin et à la fois si proche que c’est comme si elle me sortait de la bouche

    comme si c’était moi qui parlait dans ces images subitement tombées là, tout autour, et dans lesquelles je ne me reconnais pas

    une rue trop obscure, une lune trop blanche, un lac, peut-être, des arbres, deux corps serrés et leurs mots qui se perdent

    ou, bien moins, une craie, le mouvement d’une main écrivant sur un mur des lettres que je ne sais pas lire mais elles m’entrent dans les yeux, elle brûlent

    je ne vois plus rien que leur trace de feu et même si j’y vois, je suis aveugle de tout ce que je ne verrai pas




    Mais pourtant je reviens, je reviens dans la surprise des couleurs, jaunes rouges, violets pour des yeux égarés

    les Bourses de partout s’effondrent et je regarde tomber la pluie, sous le fracas j’écoute le silence, je suis là et je n’y suis pas

    à chaque fois un autre, Don Quichotte et Sancho, les yeux du chat dans la pénombre, l’odeur mauve des prunes sur le sol

    un matin et un soir et Ramón dans ses trois gilets et ses deux manteaux (ou est-ce l’inverse ?), le feu de la pipe sur la langue à traquer l’aube et son secret

    et côte à côte et cathédrale et temple aztèque, et main tendue, et rires, je suis l’éclat de l’eau

    les craquements du feu, je suis ce caméléon dont parle Keats, l’immensité du Nil et la nuit de Borges, de partout

    je reviens, j’ai dit que je ne parlerai plus et c’est vrai, ce n’est pas moi qui parle, ce sont tous ceux

    que j’ai traduits en leur donnant ma voix, le chœur muet non seulement des poètes mais, c’est pareil, celui des voix sans visages

    on les appelle des chiens, comme eux ils fouillent les décharges, montrent les dents, se déchirent, se taisent, et dans le tohu-bohu de la planète

    leur silence est un fracas sans fin, une panne de son que personne n’entend plus




    Je reviens, je vois de la poussière et des os, un bidon sonore où coule un filet d’eau, un tourbillon, ordures vent et oiseaux, leurs cris, oui, je les vois

    ou une chambre minuscule, les doigts qui tapent sur la veine, le garrot et l’aiguille, je vois, montés, le plaisir et la mort, je vois l’éclair et la nuit

    je vois tout ce que je ne vois pas et que je vois, des fleuves de fourmis, un visage qui n’est plus que ses yeux, un vertige multiplié de dunes

    les bouches hurlantes de Wall Street, la peur qui suinte, le cul de sac de la misère, les mains et les yeux vides, le sachet éventré, le grouillement des vers

    je vois ce qui m’aveugle, la cataracte où tout bascule et coule à pic et seul reste l’arc-en-ciel d’une buée déjà évaporée et son silence de fin du monde

    je vois ce qui s’en va et ce qui vient et l’entre-deux qu’on ne voit pas non plus

    je vois et je reviens


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  • Vient de paraître

    traduction Jacques Ancet

    Ypsilon.éditeur

     

    Les voix dans la voix


    La douleur est une chose très musicale.
    Paul Valéry


    Commencer par la fin a-t-il un sens ? Par L’enfer musical, ce recueil de 1971, qui clôt le cycle des livres publiés par Alejandra Pizarnik de son vivant, pour remonter peu à peu vers les œuvres plus anciennes ? Peut-être est-ce une manière de refuser le temps, la destruction, la mort ? De revenir lentement vers ce qui s’ouvrait et qui se ferme ici sur un si beau titre qui, à lui seul, nous dit tout : si la parole du poème ne nous sauve pas de la vie, cette agonie prolongée de la non-coïncidence, elle peut, parfois, la transformer en musique. En faire le lieu de la blessure devenue extase, de l’extase qui jamais ne guérira la blessure.
        Car, tout commence, chez Alejandra par une blessure — celle de la naissance : par la perte de la plénitude. De cette plénitude, nous saurons peu de choses — c'est le centre, le jardin (« il y a un jardin », dit-elle)  — sauf qu'elle ne cesse d'aimanter toute sa poésie. Si tous nous nous sommes plus ou moins bien accommodés de l'angoisse de naître au point de l'avoir oubliée, Alejandra Pizarnik n'a jamais pu. La naissance, pour elle, est une mort — « un acte lugubre ». Expérience qui marque l'existence d'un signe foncièrement négatif. Vivre, c'est vivre l'absence, le vide, puisque naître c'est perdre l'Eden, connaître la Chute dont le temps n'est que la manifestation ; c'est se séparer de soi-même, se dédoubler à l'infini dans chaque instant vécu : « Á un certain moment la fissure dans le mur et la soudaine débandade des fillettes que je fus. »
        Alors, s’ouvre l’errance, une vie vouée au désir, à la quête de ce point hors de l'espace et du temps où ne peut conduire aucune mémoire autre que celle du corps. En effet, si, pour vivre, il a fallu oublier ce traumatisme originaire, le corps, lui, en garde trace, au plus profond de lui-même. Revenir, ce sera donc d'abord revenir à la mémoire du corps. Mais tout s'y oppose. Á commencer par le langage qui parle en nous, autour de nous, depuis notre naissance et qui ne cesse de nous exiler de ce que nous sommes, de nous réduire au silence. Rompre avec lui c'est trouver sa voix(e) : « Lorsque s'envole le toit de la maison du langage et que les mots ne protègent plus, moi je parle ». Car — et c’est le paradoxe fondateur du poème — seul le langage peut venir à bout du langage : « je me cache du langage à l’intérieur du langage ». L'écriture poétique, pour Alejandra Pizarnik, ne sera donc ni expression, ni communication mais exploration obstinée, pénétration dans la mémoire du langage et du corps, indissolublement. Celle du corps-langage et du langage-corps — de ce qu’elle appelle le « corps poétique » :  « Je ne veux pas dire, je veux entrer », dit-elle encore.
        D'où, l'effacement de la voix consciente derrière l'autre qui peu à peu monte de la noire sauvagerie du corps : « cette chose si autre qui est moi, qui attend que je me taise pour prendre possession de moi ». Oui, « moi », c’est et ça n’est pas moi. C’est cette part ténébreuse, cette implosion du trou noir intérieur où tout s’engloutit, « s’abandonne à la cascade de cendres qui m’emporte en moi avec celle qui est moi, avec moi qui suis elle et qui suis moi, indiciblement distincte d’elle ». Plus d’identité, donc, mais la sauvagerie d’une altérité plurielle. Dans la voix qui parle un chœur de voix obscures : « Je ne peux pas parler avec ma voix mais avec mes voix ». « Je » n’est plus « l’autre » mais « les autres ».
        Ce que dit, en effet, cette autre (ces autres) voix, c'est d'abord le noir, le chaos, la dispersion ; c'est l'angoisse de la perte, de l’effondrement au cœur de l'obscure forêt du corps. Effondrement, chute involontairement subie et à la fois fouissement volontairement poursuivi comme une remontée, à contre-temps, vers la déchirure originaire, comme une possibilité de restauration de l'unité perdue : « Écrire un poème, c'est réparer la blessure fondamentale, la déchirure ». Le point focal de l'expérience poétique est donc, pour Alejandra Pizarnik cette « scène de cendre » où règne «  la mort bleue, la mort verte, la mort rouge, la mort lilas, dans les visions de la naissance », ce «  lieu des corps poétiques » évoqué dans  Extraction de la pierre de folie son livre précédent. Là, tout pourrait encore s'inverser. Si naître c'est mourir, mourir ne serait-il pas naître ? La couleur lilas, obsessionnelle, emblématique (« Les possédés parmi les lilas »), n'est-elle pas à la fois celle du crépuscule et celle de l'aube ? Le retour à la matrice, mort et promesse d'une nouvelle vie ? Image qui serait banale si elle ne se muait soudain en une vision vertigineuse dont seule une femme pouvait être saisie : celle de l'auto-engendrement : et ma tête, soudain, paraît vouloir sortir maintenant de mon utérus [...] et moi, inachevée, br0lant de naître, je m'ouvre, on m'ouvre, elle va venir, je vais venir ». Extraordinaire rêverie : naître de soi-même : être à la fois fille et mère, le dedans et le dehors — une totalité.
        Ici, pourtant, cette rêverie sur « le centre, sur le lieu de la fusion et de la rencontre » se brouille, se délite. Le poème pourrait n’être qu’ « un piège, une mise en scène de plus ». Quant à la musique, espace de ce mouvement de plongée, d’enfoncement vers la « patrie » désirée, elle n’est aussi qu’une « trahison », elle qui est « plus haut ou plus bas, mais pas au centre ». L’âme mélancolique n’échappe pas à l’immobile ressassement de la tristesse qui la ronge. La « pierre fondamentale » est aussi bien la pierre de touche de l’origine que la pierre tombale qui se referme sur la crypte de la fillette morte :


        DE L’AUTRE CÔTÉ

        Comme le sable d’un sablier, la musique tombe dans la musique.

        Je suis triste dans la nuit aux crocs de loup.

        La musique tombe dans la musique comme ma voix dans mes voix.



        Comme Ezrébet Bathory, « la comtesse sanglante », en proie aux démons de la luxure et de sa folie sanguinaire qui la fascina tant, la voix d’Alejandra Pizarnik va se livrer, dans un certain nombre d’inédits, au sabbat nocturne de toutes ses voix : « Des voix, des rumeurs, des ombres, des chants de noyés ». La mélancolie, le lyrisme toujours présents des poèmes précédents y cède peu à peu la place à un langage qui, brouillant codes et genres, ouvre sur ce qu’elle appelle ses « textes d’ombre ». Tels, par exemple, le fragment de pièce en un acte Les perturbés parmi les lilas ( dont L’enfer musical reprend un fragment sous le titre « Les possédés entre les lilas ») et, surtout, le carnaval baroque de La boucanière de Pernambouc ou Hilda la polygraphe, texte inclassable où le grotesque, le jeu de massacre sur les signifiants se substituent à la quête de beauté : « Où te conduit cette écriture ? », se demande-t-elle dans L’enfer musical. Réponse: « Au noir, au stérile, au fragmenté ». On ne peut être plus lucide. Comme le souligne très justement María Negroni, lyrisme et assassinat textuel (ou réel en ce qui concerne la comtesse) sont les deux expressions d’un même désir : celui de supprimer la scission. Désir obsédant jamais réalisé : l’exil reste au bout du trajet tel qu’il était à son début. C’est pourquoi, pour finir et, en même temps, ne pas finir, rien ne répond à l’angoisse et à ses questions que la litanie interminable d’autres questions qui, à jamais,  resteront sans réponse :


    Et quand viendra ce que nous attendons ? Quand cesserons-nous de fuir ? Quand tout cela arrivera-t-il ? Oui quand ? Et où ? Comment ? Combien ? Pourquoi ? Pour qui ?

    Jacques ANCET


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  • Edition à la demande, disponible dans toutes les librairies, diffusion Hachette Livre.

     

    PARLER LA DOULEUR

    (extrait de la préface)



    — Oui, je suppose que se relire a à voir avec la mort. C'est un peu ça : un  mort qui se revoit vivant et ne peut plus parler à celui qu’il était…
                                                                                                                                                                                               Martin Amis



         Sait-on vraiment pourquoi on écrit ? D’où vient ce désir auquel les mots donnent une forme à la fois définitive et provisoire ? Sait-on ce qui se joue dans ce « travail » qu’il faudrait peut-être entendre au sens le plus physique du terme – de cette chose qui pousse en vous et qui, un jour, commence à s’expulser et vous n’y pouvez rien, vous ne pouvez plus rien arrêter, vous ne pouvez que suivre et cela vous submerge et dans votre bouche se met à parler la voix muette – l’autre – celle que vous ne connaissez pas mais qui, elle, en sait plus sur vous, que tout ce que vous pourrez jamais en savoir.
         C’est d’elle que vient Le Silence des chiens et c’est pourquoi ce livre reste pour moi une énigme après plus de vingt-cinq ans. Il y a quelque chose d’étrange à se relire après si longtemps. Une étrangeté qui est un mélange de proximité et d’éloignement. On se sait l’auteur du livre, on entretient avec lui un rapport d’intimité indiscutable, et en même temps, on le reçoit comme s’il venait de la main d’un autre. Cette impression redouble celle de l’altérité éprouvée en l’écrivant. D’où un texte deux fois insolite puisque venu non seulement comme d’une autre bouche, mais d’un temps et d’un espace que je ne partage plus avec celui que j’étais. Et qui, dans ces pages, est resté vivant, alors que je n’ai plus cette vie qui m’animait alors.
         Parler du Silence des chiens, ce sera, donc, essayer de décrire de l’extérieur, parce que dans l’après-coup de la relecture, un mouvement qui, sur le moment, m’a plongé dans la cécité d’un emportement dont il est la trace et dont je perçois mieux, aujourd’hui, certains ressorts qui m’étaient alors invisibles. C’est essentiellement cela que je peux m’efforcer de mettre en lumière. Pour le reste, c’est-à-dire  pour l’essentiel qui est le sens de cette aventure, c’est l’affaire de chaque lecture, la mienne n’en étant qu’une entre beaucoup d’autres et pas nécessairement la plus clairvoyante.


    Comment je n’ai pas écrit ce livre

        Comment, donc, avoir écrit ce livre, comment cet événement de langage a-t-il pu se produire ? La question demeure pour moi sans réponse. Par contre, et c’est un premier point, je sais très bien comment  je ne l’ai pas écrit. Comment je n’en ai choisi ni le « thème », comme on dit, ni l’écriture. Comment je n’ai suivi aucun plan, aucune trame aussi lâche soit-elle. Comment je n’ai réuni aucune documentation précise puisque je ne savais pas ce que j’écrivais – ce qui m’écrivait. Car ce texte n’allait pas vers une fin, un dénouement, un horizon de sens ; il  venait : du non-sens le plus obscur, le plus lointain et, en même temps, le plus intime.
        Pourtant, il n’est pas non plus né de rien. J’avais lu, à la fin des années 70, un certain nombre de livres, d’articles et d’entretiens sur la terreur instaurée d’abord au Chili par Pinochet, en 1973, puis en Argentine, par la dictature des généraux, entre 1976 et 1982. Or, ce qui m’avait frappé dans les témoignages de ceux qui avaient réussi à réchapper à l’incarcération et à la torture, c’était leur curieux détachement. Les comptes-rendus des atrocités subies était toujours distanciés : un catalogue d’horreurs apparemment dressé sans émotion. Bien sûr, les adjectifs « horrible », « épouvantable », « inhumain » revenaient souvent dans les commentaires, mais tout cela restait en quelque sorte abstrait, comme relevant plus du récit, de la fiction, que de la réalité vécue. Et sans doute y avait-il, pour les victimes, impossibilité à aller plus loin, sans retomber dans un effroi qui les aurait rendues muettes, sans revivre ce qui, proprement, ne pouvait se dire parce que le corps n’aurait été plus qu’un seul cri que nulle langue (dans les deux sens) ne pouvait articuler. Souvent, alors, je m’en souviens, me revenait cette question : comment avoir été capable de supporter cela et, surtout, comment, non pas le raconter, mais le faire revivre par l’autre fasciné et horrifié ? Autrement dit, comment non pas parler de la douleur, mais parler la douleur ? Et là, bien sûr, je n’avais pas de réponse...

     

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        Il en va de certains livres comme de certains enfants : l’amour les a engendrés et, quelque soit leur âge, l’amour les accompagne. 

        Celui-ci a près de trente ans. Ce qui est beaucoup et, en même temps, peu de chose. Car, s’il a su garder, s’il sait porter cet amour, il aura toujours l’âge de sa naissance. Précédé par L’Incessant (1974-1977), La Mémoire des visages (1978-1980) et Le Silence des chiens (1980-1982) eux-mêmes en cours de réédition chez publie.net et publie.papier, il constitue en fait le dernier chapitre d’un texte d’un seul tenant écrit entre 1974 et 1984.
        Ce texte, je le vois aujourd’hui non pas comme un récit, c’est-à-dire malgré méandres et ruptures, une linéarité (commencement, développement et accomplissement), mais, dans le surgissement imprévisible d’une voix et son irrépressible altérité, comme un récitatif en quatre mouvements intitulé Obéissance au vent.
        Quatre mouvements — le temps qui s’ouvre, l’amour, la mort, la naissance — aimantés dans leur déploiement kaléidoscopique par une ambition que je peux dire aujourd’hui obsédante et sans doute démesurée : faire entrevoir dans l’emportement d’une écriture qui en mime l’infinie prolifération, cela qui nous fonde, nous fait, nous déborde, nous efface et pour quoi il n’est image ni mot : le merveilleux, l’épouvantable, l’indescriptible réel.

    *

    tu n'as pas de visage et sans doute est‑ce pourquoi mes mots s'en vont vers toi, cherchant à cerner l'om­bre que tu es, un chien aboie, des voix parlent, le silence est toujours si fragile, cette solitude où pour la première fois tu viens au monde, où peut‑être tu mourras aussi, je ne te connais pas, tu n'es rien que l'obscur de ma phrase, cet appel soudain, au volant, conduisant sur une route en pente, le soleil à gauche éclairait les collines et j'ai su que de quelque façon tu devais exister, ombres, visage négatif, tu étais là, sans corps, sans nom, en moi ce présent et, de nouveau, le fleuve, la mer, ses flux et ses reflux, l'horizon qui recule, les labyrinthes de mémoire, qui suis‑je dis‑tu par ton silence, j'écoute le bruit de la plume sur le papier, je regarde la femme que j'aime, il est cinq heures du premier jour de l'année, encore et encore je recommence mais c'est toi qui parle maintenant, le sang, la bouche d'ombre, intermittent tu clignotes entre les mots, combien d'heures, de jours pour te dire, je regarde ma main couvrir la page, un piano joue à côté, je regarde des enfants, leurs visages, leurs silhouettes à contre‑jour sur un chemin, le grand et le petit, riant, courant, tu es là entre eux, flottant dans mon regard, sans forme et je t'aime déjà, bruit de feuilles et de sang, le ciel est d'un bleu sombre et pur sur les toits, viens, c'est moi maintenant qui t'appelle, le temps s'ouvre, je vois la page, la lumière de la lampe que je viens d'allumer, les ombres de chaque objet, je touche mon visage, il est lisse comme un oeuf, il s'efface, buée sur la vitre mauve, bientôt ne restera que la nuit, la boule en moi de ta présence, et que saurai‑je qui ne t'appartienne, mon coeur bat plus fort, le temps a pris nos visages, il les quitte comme des masques et ils pourrissent dans la terre, mais sans visage comment t'atteindrait‑il, mes mains s'entrouvrent, se tendent vers ton absence, je te sens comme une eau à travers moi, glissant, apaisant l'urgence, délivrant les heures qui maintenant me laissent mon visage, je respire mieux, tu vas venir, je le sais, qu'importe le jour et l'heure, désormais mes gestes seront plus calmes, balayer, faire glisser la poussière dans la pelle, regarder des choses înfimes, miettes, poils de chien, fil blanc, noyau d'olive dans une tache de soleil, les nommer, simplement, parce que tu seras là, elles seront là, mais ce soir, te cherchant, je souhaite peut‑être ne pas te trouver, pas encore, pour que longtemps tu aimantes mes jours, tu sois leur profondeur, leur avenir et comment vivre sans ce désir, image, image à l'infini dédoublée, mais image ou quoi que tu puisses être, je mets le feu à la phrase, j'attends qu'il prenne illumi­nant un instant ton visage qu'emportera la nuit, des syllabes étincellent, des mots entiers s'embrasent, un pan de texte s'écroule où j'ai cru te voir et je me retrouve à fouiller la cendre avec l'angoisse de t'avoir perdu, gestes, paroles vides, je fais un signe que nul ne voit, l'île est déserte où j'ai cru te trouver et je suis seul

    ...

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  • COMME SI DE RIEN 

    L'Amourier, juin 2012

     


    Il y a le temps. On ne sait pas. On y est, il vous traverse. On ne sait rien. On se retourne et que voit-on ? Un chemin ? Moins, peut-être, des traces qui se perdent. Moins, encore, ce miroitement évaporé. Comme si rien n’avait jamais été. Comme si de rien. Alors, pour voir, pour savoir quand même, on trouve quelques mots. Journal, dit-on. Oui, si dans « journal », c’est « jour » qu’on veut entendre. Écrire le jour, ses odeurs, ses lueurs, ses rumeurs. Ce qui s’approche, s’éloigne. Comment parler ce pli, cet instant où tout bascule ? Ce fil où l’on attend, en équilibre ? Avec le corps devenu écoute, regard. Chaque poème est comme une fenêtre. Un petit rectangle de mots qui donne sur ce qu’on ne sait pas. Sur la lumière et sur les ombres. Sur les visages et sur les gestes. Sur les paroles, sur les cris. Sur ce tissu du monde où, parfois, quand vient le silence, on entend que quelqu’un respire.





    Il ne sait plus faire plus du tout
    la montagne monte flotte
    le train-train la tache
    qui bouge sur l’œil ne cache
    ni ne révèle rien il écoute
    il regarde il attend il oublie

    10 juillet

    *

    quelque part ce qui se cherche
    comme un bourdonnement de mouche
    deux genoux un pied l’après-midi
    redevient bleue on entend
    du silence – et autre chose
    une sorte de stupeur sans fin

    11 juillet

    *

    il a posé la tasse écouté
    quelque chose qu’il était seul à entendre
    sur la vitre le feuillage
    semblait s’être arrêté dans sa chute
    comment faire disait-il
    un feu brûlait dans ses mains ouvertes

    12 juillet

    *

    il a cru pouvoir dire mais non
    sur les lèvres le silence
    est resté intact et le spectacle
    à quelques pas toujours immobile
    comme un peu d’air qui n’entre pas il a cru
    supprimer la distance mais non

    13 juillet


    *

    le retour n’est jamais le retour
    les mouches toujours et les feuillages
    un marteau s’obstine il s’est remis
    à compter il dit  deux heures
    l’instant bascule le vent s’arrête
    la montagne ne se ressemble plus

    14 juillet

    *

    et lui se ressemble-t-il
    la chaleur le pied le balancier
    de l’ombre comme si de rien n’était
    l’éblouissement du trottoir vide
    qu’il faut traverser pour retrouver
    l’image le grain de temps

    15 juillet

    *

    il écoute encore la corneille
    s’égosille mais c’est autre chose
    sous chaque bruit ça s’obstine
    bruissement ou froissement comme d’un fleuve
    d’images invisibles qui passe
    ou rien ou le sommeil qui revient

    16 juillet

    *

    il ne sait plus non une chaleur
    trop bleue un cri et ses yeux
    ne voient plus que du feu une poudre
    grise un bruit de mobylette
    trament le jour qui décline s’en va
    personne pour parler ou se taire

    17 juillet

    ...


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