• VIENT DE PARAÎTRE

    JACQUES ANCET
    Petite suite pour jours obscurs
    Recours au poème, éditeur virtuel

     

     

     

    Le pied bouge, le jour baisse.

    Le temps est comme un peu d’eau

    sur les doigts. Tu ne vois plus

    que ce qui s’en va — ou vient.

    Entre, il n’y a plus qu’un cri.

     

    *

     

     

    Sans savoir, tu continues.

    Mais pour t’arrêter très vite.

    Devant, les choses se ferment,

    derrière tu les vois s’ouvrir.

    Plus tu vas, plus tu recules.

     

    *

     

     

    Tu arrives à une porte.

    Derrière, un bruit de voix sourdes.

    Une affiche vous indique :

    présentez-vous à l’accueil.

    Le couloir est sans issue.

     

    *

     

     

    Les mots m’aveuglent, dit-il.

    J’entre dans ce que j’ignore.

    Et cependant rien ne bouge

    ni les doigts, ni la lumière

    ni le sang contre le mur.


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  • VIENT DE PARAÎTRE


    JACQUES ANCET
    Le jour commence (Poèmes I, 1966-1976)
    Editions TARABUSTE, collection Reprises


    Toujours, dans les poèmes, c’est le jour qui commence. Dans les premiers surtout. Ceux où, pour la première fois, s’est levée cette clarté. Parce qu’ils sont du langage à l’état naissant, le monde y apparaît comme on ne l’avait jamais vu. Non plus comme un spectacle mais comme cette lumière où les choses n’ont pas encore pris forme, où elles se cherchent, comme les premiers mots au bord du vide de ce qui les appelle.
    Oui, les poèmes sont du jour dans le langage. Comme s’il était soudain si usé qu’on voyait à travers. Et ce qu’on voit, on ne le comprend pas. C’est obscur ou éblouissant, ça guette ou ça remue, ça recule ou ça vient –– c’est là,  ça n’y est pas. Tout à la fois. Et c’est pourquoi on ne sait plus où on en est.
    Comme les cailloux du Petit Poucet, les poèmes ne sont qu'un peu de clair dans l'ombre de la forêt des jours. Pourtant, ils ne tracent pas comme eux un chemin vers le connu mais vers l'inconnu. Ils n'aident pas à se trouver mais à se perdre. A chaque fois ils ne sont qu'un passage: celui d'un souffle et sa buée de temps.  C'est pourquoi ils sont, à tous les sens du terme, irrémédiables.     
        Parus dans des éditions confidentielles, peu ou mal diffusées et depuis longtemps introuvables, les cinq ensembles ici réunis n'ont donc pas été réécrits mais réduits et réorganisés, quand la distance était trop grande entre le regard d’hier et celui d’aujourd’hui. Ce livre est leur première édition véritable.

    Sur la poudre des tuiles, l'oiseau s'ouvre
    et se ferme. Son cri perce le ciel.
    Du silence coule un visage obscur :
    gouttes lentes dans l'ombre du cyprès.

    Un visage ? Peut-être un souvenir,
    qui peut savoir ? Le temps s'est égaré
    dans la fumée des pierres qui s'effritent.
    Le vent a fui, brouillant toutes les pistes.

    Tout s'est figé en un profil sans âge.
    Contre les murs des songes jaunissants
    brûlent rongés d'insectes et de mouches.
    L'haleine frôle les lèvres. Plus rien.

    Seul ce visage aux yeux naissants, la terre
    nue, déchirée, la blessure des pailles,
    le jour muet où se crispent les choses,
    la source éteinte dans la main qui se serre.


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    VIENT DE PARAÎTRE

    JACQUES ANCET

    Le jour commence (POÈMES I, 1966-1976)

     

     

     

    Editions TARABUSTE, collection REPRISES.

     

     

     

     

     

        Toujours, dans les poèmes, c’est le jour qui commence. Dans les premiers surtout. Ceux où, pour la première fois, s’est levée cette clarté. Parce qu’ils sont du langage à l’état naissant, le monde y apparaît comme on ne l’avait jamais vu. Non plus comme un spectacle mais comme cette lumière où les choses n’ont pas encore pris forme, où elles se cherchent, comme les premiers mots au bord du vide de ce qui les appelle.
        Oui, les poèmes sont du jour dans le langage. Comme s’il était soudain si usé qu’on voyait à travers. Et ce qu’on voit, on ne le comprend pas. C’est obscur ou éblouissant, ça guette ou ça remue, ça recule ou ça vient –– c’est là,  ça n’y est pas. Tout à la fois. Et c’est pourquoi on ne sait plus où on en est.
        Comme les cailloux du Petit Poucet, les poèmes ne sont qu'un peu de clair dans l'ombre de la forêt des jours. Pourtant, ils ne tracent pas comme eux un chemin vers le connu mais vers l'inconnu. Ils n'aident pas à se trouver mais à se perdre. A chaque fois ils ne sont qu'un passage: celui d'un souffle et sa buée de temps.  C'est pourquoi ils sont, à tous les sens du terme, irrémédiables.     
        Parus dans des éditions confidentielles, peu ou mal diffusées et depuis longtemps introuvables, les cinq ensembles ici réunis n'ont donc pas été réécrits mais réduits et réorganisés, quand la distance était trop grande entre le regard d’hier et celui d’aujourd’hui. Ce livre est leur première édition véritable.

     

    Sur la poudre des tuiles, l'oiseau s'ouvre
    et se ferme. Son cri perce le ciel.
    Du silence coule un visage obscur :
    gouttes lentes dans l'ombre du cyprès.

    Un visage ? Peut-être un souvenir,
    qui peut savoir ? Le temps s'est égaré
    dans la fumée des pierres qui s'effritent.
    Le vent a fui, brouillant toutes les pistes.

    Tout s'est figé en un profil sans âge.
    Contre les murs des songes jaunissants
    brûlent rongés d'insectes et de mouches.
    L'haleine frôle les lèvres. Plus rien.

    Seul ce visage aux yeux naissants, la terre
    nue, déchirée, la blessure des pailles,
    le jour muet où se crispent les choses,
    la source éteinte dans la main qui se serre.

     

     


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    JACQUES ANCET

     

     

     

    Le jour commence (POÈMES I, 1966-1976)

     

     

     

    Editions TARABUSTE, collection REPRISES.

     

     

     

     

     


        Toujours, dans les poèmes, c’est le jour qui commence. Dans les premiers surtout. Ceux où, pour la première fois, s’est levée cette clarté. Parce qu’ils sont du langage à l’état naissant, le monde y apparaît comme on ne l’avait jamais vu. Non plus comme un spectacle mais comme cette lumière où les choses n’ont pas encore pris forme, où elles se cherchent, comme les premiers mots au bord du vide de ce qui les appelle.
        Oui, les poèmes sont du jour dans le langage. Comme s’il était soudain si usé qu’on voyait à travers. Et ce qu’on voit, on ne le comprend pas. C’est obscur ou éblouissant, ça guette ou ça remue, ça recule ou ça vient –– c’est là,  ça n’y est pas. Tout à la fois. Et c’est pourquoi on ne sait plus où on en est.
        Comme les cailloux du Petit Poucet, les poèmes ne sont qu'un peu de clair dans l'ombre de la forêt des jours. Pourtant, ils ne tracent pas comme eux un chemin vers le connu mais vers l'inconnu. Ils n'aident pas à se trouver mais à se perdre. A chaque fois ils ne sont qu'un passage: celui d'un souffle et sa buée de temps.  C'est pourquoi ils sont, à tous les sens du terme, irrémédiables.     
        Parus dans des éditions confidentielles, peu ou mal diffusées et depuis longtemps introuvables, les cinq ensembles ici réunis n'ont donc pas été réécrits mais réduits et réorganisés, quand la distance était trop grande entre le regard d’hier et celui d’aujourd’hui. Ce livre est leur première édition véritable.

     

     

    Sur la poudre des tuiles, l'oiseau s'ouvre
    et se ferme. Son cri perce le ciel.
    Du silence coule un visage obscur :
    gouttes lentes dans l'ombre du cyprès.

    Un visage ? Peut-être un souvenir,
    qui peut savoir ? Le temps s'est égaré
    dans la fumée des pierres qui s'effritent.
    Le vent a fui, brouillant toutes les pistes.

    Tout s'est figé en un profil sans âge.
    Contre les murs des songes jaunissants
    brûlent rongés d'insectes et de mouches.
    L'haleine frôle les lèvres. Plus rien.

    Seul ce visage aux yeux naissants, la terre
    nue, déchirée, la blessure des pailles,
    le jour muet où se crispent les choses,
    la source éteinte dans la main qui se serre.

     

     


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  • VIENT DE PARAÎTRE

     

    JACQUES ANCET

    La lumière et les cendres

    milonga pour Juan Gelman

    édition bilingue : préface et traduction de Rodolfo Alonso

    Editions CARACTÈRES

     

     

    i



    c’est là devant on regarde
    la pièce vide le jour
    arrêté sur la fenêtre
    dans les yeux on voit venir
    ce qu’on a jamais pu croire
    on bat des cils on va dire
    mais comment dire on se tait

    es ahí enfrente uno mira
    la pieza desierta el día
    detenido en la ventana
    se ve venir en los ojos
    lo que jamás hemos creído
    pestañeamos al decir
    y cómo decir calla uno








    ii


    on attend on n’entend rien
    on voit passer la lumière
    plus loin là où les visages
    brillent des morceaux de neige
    restent suspendus aux branches
    goutte à goutte ils étincellent
    et s’évaporent on écoute

    nada se entiende uno espera
    se ve pasar a la luz
    más lejos donde los rostros
    brillan los copos de nieve
    quedan colgando en las ramas
    refulgen gota por gota y
    se evaporan uno escucha







    iii


    je compte sept disait-il
    car dans sept il y a un
    et encore un il montrait
    ses doigts écartés comptait
    puis les refermait le soir
    tombait on ne comprenait
    pas mais on comptait quand même

    yo cuento siete decía
    porque en siete hay uno
    y todavía uno mostraba
    sus dedos sueltos contaba
    los apretaba la noche
    caía no comprendíamos
    pero se contaba igual






    iv


    et maintenant maintenant
    quelle main va le conduire
    celle du jour se retire
    celle de la nuit s’avance
    mais ce n’est pas une main
    un trou peut-être une bouche
    noire qui dit maintenant

    y ahora ahora ahora
    qué mano va a conducirlo
    la del día se retira
    avanza la de la noche
    pero no es una mano
    un aujero acaso boca 
    negra que dice ahora





    v

    et c’est la nuit une porte
    se referme les visages
    sont tournés vers la lumière
    elle tombe on entrevoit
    ce qu’on ne voudrait pas voir
    des ombres fuient sur la vitre
    des mains quelque chose crie

    y es de noche una puerta
    se cierra los rostros se han
    dado vuelta hacia la luz
    ella cae se entrevé
    lo que ver no se quisiera
    sombras huyen sobre el vidrio
    y unas manos algo grita








    vi


    au bout au bout dit la voix
    au bout de quoi dit une autre
    de rien de rien dit la même
    pas de bout à rien dit l’autre
    c’est le rien qui est au bout
    c’est le bout qui est le rien
    les voix parlent et puis se taisent

    al fin al fin la voz dice
    al fin de qué dice otra
    de nada dice la misma
    no hay fin de nada dice otra
    la nada es lo que es al fin
    es el fin lo que es la nada
    las voces hablan se callan





    vii


    il vient et c’est le soleil
    il a des ombres filantes
    un scintillement de givre
    il a du noir une voix
    de solitude un voyage
    de visages il a des yeux
    qui le fixent il n’en a pas

    él llega y tenemos sol
    y con él caen las sombras
    un centelleo de escarcha
    tiene algo negro una voz
    de soledad un viaje
    de rostros él tiene ojos
    que lo fijan él no tiene

     

    ...


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