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Lumière des jours

le blog de Jacques Ancet

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Juan Gelman/Jacques Ancet | 15 janvier 2012

 

Emission  Ca rime à quoi

le dimanche de 6h30 à 7h, et de 23h30 à minuit

Ecoutez l'émission 28 minutes

Juan Gelman / Jacques Ancet 1ère partie

15.01.2012 - 06:30

Juan Gelman ©

Poète, traducteur, journaliste, militant révolutionnaire, Juan Gelman est né à Buenos Aires en 1930. Touché dans sa chair par la dictature des années 76-82 (son fils et sa belle-fille disparaîtront dans les geôles de militaires) il connaît un long exil en Europe durant lesquels il écrit ses textes les plus impressionnants. Agé aujourd’hui de 81 ans,  lauréat des plus grands prix de poésie hispaniques comme le Prix Cervantès, le Nobel espagnol en 2007, il est considéré comme l’un des plus grands poètes latino-américains vivants. Plusieurs de ses livres ont paru en français dont Salaires de l’impie et autres poèmes, traduit par Jean Portante, éditions PHI, Luxembourg, Lettre à ma mère traduit par François-Michel Durazzo, Myriam Solal éditeur, Paris, 2002, L’opération d’amour, traduit par Jacques Ancet, Gallimard, 2006, Lettre ouverte  suivi de  Sous la pluie étrangère 2011  sont publiés aux éditions Caractères, dans une traduction de Jacques Ancet.

Juan Gelman sera l’invité de la Maison de la Poésie à Paris le dimanche 15 janvier 2012 à 16h pour un entretien et un récital

Jacques Ancet ©

Jacques Ancet, Lyon, 1942. Il est l’auteur d’une quarantaine de livres (poèmes, romans, essais) dont, récemment, L’Identité obscure Lettres Vives, 2009 (Prix Apollinaire, 2009), Le silence des chiens, publie.net, 2009, L’amitié  des voix, publie.net, 2009, Puisqu’il est ce silence, Lettres Vives, 2010, La tendresse, publie.net, 2011, Chronique d’un égarement Lettres Vives, 2011, Portrait d’une ombre, Po&psy, 2011... Auteur également d’un soixantaine de traductions dont, entre autres, des versions de Jean de la Croix, de Gómez de la Serna, de Cernuda, Valente ou Gamoneda, il vient de publier deux anthologies, l’une de Jorge Luis Borges, La Proximité de la mer, 99 poèmes, Gallimard/Du monde entier, 2010, l’autre de Francisco de Quevedo Les Furies et les peines, 102 sonnets, Poésie/Gallimard, 2011

Poèmes lus par Juan Gelman, Jacques Ancet, Thibault de Montalembert 

Programmation musicale
Bandonéon de  Cesar Stroscio  issu des albums Ruisaneres de nuevo et  Musiques du rio de la plata label Buda Musique en 1988 et 1995

Invité(s) :
Juan Gelman
Jacques Ancet, traducteur de l'espagnol (Maria Zambrano, José Angel Valente), essayiste, romancier, poète

Thème(s) : Littérature| Poésie

Document(s)

Publié par Tecna à 12:02:48 dans Interventions audio-visuelles | Commentaires (0) |

La poésie pour quoi faire? | 30 décembre 2011

LA POÉSIE POUR QUOI FAIRE ?

(Réponse à une enquête menée auprès de 35 poètes

Presses universitaires de Paris Ouest, 2011.



    Pour quoi faire, la poésie ? Mais la poésie, d’abord, qui l’a jamais rencontrée ? Moi non. Elle n’est ni cette effusion vague à quoi on la réduit souvent, ni l’idée qu’on s’en fait et avec quoi on ne cesse de la confondre. Non, la poésie n’existe pas. Ou alors dans les livres ? Comme l’ensemble de tout ce qui s’est écrit depuis des siècles sous ce nom et cette somme de formes que nous a léguées la tradition ?

     Mais la poésie aujourd’hui ? Celle qui se fait ? Ce n’est rien de ce qu’on peut en dire. La poésie, on ne sait pas, on ne peut pas savoir ce que c'est. Si on le sait trop, on l’a perdue. On tombe dans la poétisation. Dans le poème qui imite ce que d’autres ont appelé poème. Mais de l’extérieur, donc sans la nécessité qui l’a fait naître. La poésie, c’est non seulement le refus du langage pétrifié qui nous parasite et nous conditionne quotidiennement, mais c’est d’abord le refus de la poésie — de ce qu’on appelle « poésie ». « Mes poèmes ne sont pas des poèmes, disait le moine bouddhiste zen Ryokan. Quand vous aurez compris que mes poèmes ne sont pas des poèmes, alors nous pourrons parler de poésie ». Oui, il y a poème quand on ne sait plus. Quand, après en avoir hérité, on refuse les modèles , les images toutes faites et, avant tout, celle de la poésie elle-même.

    Le poème est, dans le langage, à travers lui, l’écoute de l’inconnu qui vient, ne cesse de venir. Une expérience. Qui ne reproduit pas une expérience qui lui serait préalable mais qui dans son tissu verbal la suscite et la crée. Alors, oui, on pourrait se contenter de dire avec Machado que « la poésie c’est quelque chose de ce que font les poètes ». De ce qu’ils font. Une activité, pas une essence. Mais une activité qui ne mène à rien d’autre qu’à elle-même. Le poème ne sert à rien, ne vise rien qui lui soit extérieur. Il n’a — et Novalis et Baudelaire l’on dit bien avant moi —  d’autre but que lui même. Que ce surgissement, cette vision dans l’écoute — ce passage de voix, de cette autre voix qui ne se lève que dans l’écriture, que vous ne reconnaissez pas, qui est et n’est pas la vôtre et qui, soudain, augmente votre sentiment d’être vivant.

     Á l’œuvre dans ce qu’on appelle traditionnellement « poème » aussi bien que dans tout autre forme littéraire —, roman, théâtre et même essai —, le langage poétique ne dit pas, n’exprime pas, ne pense pas, ne dénonce pas, ne célèbre pas, même s’il peut le faire de surcroît. Il n’est pas, d’abord, de l’ordre du discours, du message, du sens, mais de la force et de l’intensité. Alors le temps de la lecture d’un vers, d’un poème, ou d’un livre, on sait ce qu’est la poésie : une intensification verbale de la vie. Ou, pour paraphraser Robert Fillou, ce qui rend la vie plus intéressante que la poésie. 

***

 

PORTRAIT DE QUOI ?

        — On voit, oui. Mais quoi ?
        — Ce qu’on entend.
        — Comment ça ?
        — Des images dans l’oreille.
        — Dans l’oreille ?
        — Oui, là où parle la voix.
        — Et que dit-elle ?
        — Ce qu’on voit.

*

Il voudrait montrer. Non pas ce que ses yeux voient où ce que son doigt désigne, non. Plutôt ce qu’il sent là, tout près, entre chaise et nuage. Ce tourbillon invisible où tout à la fois surgit et s’engloutit. Une sorte d’attente précipitée, avec l’instant qui ressemble à l’instant — et s’en arrache. Un geste sans corps traversé de cris, d’étincelles, d’un obscur coup de vent qui  souffle les formes dans l’éblouissement vide du regard.

*

Au bout des doigts, ce qu’il montre. Que ce soit le chêne, le visage ou la lampe, c’est toujours autre chose. Ce qui vibre. Un mouvement immobile. Dire instant ne dit rien. Fissure, peut-être, ou interstice — embrasure. Avec ce qui brûle aussitôt — braise éteinte. Il se  perd.  Ne voit plus son index et son ongle trop long.

*

Le rideau. Et derrière, ce qu’il devine sans le voir. Une écume de fleurs, les branches qui bougent, le pré. Ou autre chose ? Une sorte d’attente à laquelle il voudrait bien donner un nom. Mais rien ne vient. Son pied bouge. Sa main cherche son ombre, ne trouve que des mots sans suite (crise, people, fric, sexe, pouvoir). Même la voix qui parle semble ne faire que répéter les mêmes syllabes, comme si quelqu’un était là, acharné à se faire en vain entendre sous l’assourdissant brouhaha du jour.

*

Décidément. Quoi ? Il ne sait pas. Décidément bleu, décidément vent. Décidément le reflet qui tremble sur la vitre, les ombres sur le sol. Décidément la saison et ses images qu’il a peine à reconnaître. décidément le jour et l’heure. Le pied, la main. Décidément ce qu’il ne saura jamais et la montagne pour ne pas savoir. Décidément il tremble ou rit. Décidément. Décidément rien d’autre.

        — Rien ?
        — Rien

*

Quoi ? dit-il quoi ? Derrière le tronc et le tuyau, quelque chose. Une sorte d’égouttement. Des montagnes gommées. Chut ! Le silence est une denrée rare. Même les oiseaux se taisent.

*

Il ne sait pas. Il cherche sans savoir. Les choses viennent sans qu’il les voie ou les entende. Elles sont là, soudain. Elles le regardent de leur plein multiplié. Il peut les nommer — chaises, table, tasses, vitre, lampe — elles ne ressemblent pas à leur nom. Elles sont le même tissu d’échos, d’éclats. Un labyrinthe où il se perd. Avec pour fil d’Ariane, le murmure chuchoté. Il écoute. Il ne sait plus. Il dit mais quoi ?

Publié par Tecna à 16:05:08 dans Essais, notes, entretiens | Commentaires (0) |

La stupeur et l'élan | 30 décembre 2011

Adeline Olivier

Pan de muraille, Alidades, 2011.

 

LA STUPEUR ET L’ÉLAN

    La voix qui parle ici ne s’offre pas d’emblée. Fragmentaire, heurtée, allusive elle est difficile, comme essoufflée. Le tiret qui coupe, sépare, en est la seule ponctuation. La voix qui parle ici se cherche. Et d’abord, dans le mouvement d’une eau omniprésente à travers ces pages : du début (« Et l’orage — le ruisseau — que le chaos prend ») à la fin (« J’appelle — l’eau — qui court »). Une eau qui vous emporte, vous éblouit, mais où vous pouvez aussi vous perdre.
    Car, au commencement, il y a la perte — la noyade. « Après c’est la noyade » — dit-elle. Ou la pétrification. L’automne est un « coma » de feuilles. Un drame a eu lieu. Celui de l’amour ? « J’ai regardé mon amour / Qui allait / Á contre corps » Perdu, désiré, trouvé, perdu, on ne sait pas, cet amour occupe le centre du recueil et nous vaut une des rares visions éclaircies de ces pages , presque apaisées, malgré la tristesse,:

    Dans le rose et dans le bleu vous quittiez ma cuisine je vous regardais disparaître sous les arbres du seuil de la porte je voulais courir   vous     chercher marcher avec vous aller où vous alliez je  voulais  que  vous passiez vos mains dans mes cheveux vos mains dans mes cheveux

    Mais de cette vision, sort en même temps un cri muet qui donne à cette voix sa violence, sa fragilité — son intensité : « Ce cri / Au cri un chat qui le griffe / Ce chat c’est moi ce cri aussi / Dépecée — / ce qui m’ensauvage / en moi ».
    Cette voix essaie d’aller là où plus rien ne peut se dire. Elle cherche la cassure, le bord. Celui de cette falaise où se tenir avec la peur soudaine ? « Se tenir où la surprise effraie / Balcon sans rambarde ». Elle se heurte à ce qui obstrue comme cette muraille qui donne son titre au livre. La pan gris qui ferme (« C’est la fin qui dure, dure / C’est mourir — ce qui est »).
    Oui, quelque chose a eu lieu — un déchirement. Mais c’est aussi par lui que la voix se retrouve. Comme une voix d’enfant qui se (re)met à parler. On l’écoute. Elle dit que par-delà la brisure, la perte, il y a ce mouvement qui vous traverse, vous ouvre. A quoi ? On ne sait pas.  Au monde, peut-être :

    J’ai perdu conscience — je suis mouvement — à nouveau
    J’appelle — l’eau — qui court
    Dans les longs prés jaunes de l’automne — les vaches meuglent

    La voix qui parle ici est comme un ruisseau — elle est ce ruisseau, tantôt, sauvage, violent, tantôt immobile, obscur, tantôt léger, miroitant. Qui vous prend, vous emporte et vous laisse, dans la stupeur et l’élan des choses qui commencent.



Publié par Tecna à 12:22:46 dans Arts plastiques | Commentaires (0) |

Bonne année | 30 décembre 2011

 

 

 

Derrière le rideau, qu’y a-t-il ?
Seule la lumière est visible.
Des ombres font un réseau presque familier.
Quelque chose est là, peut-être.
On entend un bruissement d’oiseaux,
une toux, le silence — et quoi d’autre ?

 

 


 

Avec tous mes vœux
pour la nouvelle année

Publié par Tecna à 11:53:15 dans Evénements | Commentaires (1) |

La dette publique | 13 novembre 2011

Pour ceux qui croient encore que les économies et, en particulier, la réduction des crédits à la culture vont aider à résorber la dette publique

Publié par Tecna à 17:00:12 dans Evénements | Commentaires (0) |

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