• Vient de paraître

    L'IDENTITE OBSCURE éditions Lettres Vives, 2009



    Chant 10

    La neige dis-tu aussi n'est pas un blanc manteau,
    elle n'habille rien, elle révèle ce qui,
    sans elle, serait invisible, l'arbre ou la ville
    enfouis sous leur nom soudain surgissent dans les yeux
    comme un morceau d'inconnu, un poudroiement de givre,
    un damier gris et blanc où hésite la buée
    fixe du regard, va-t-il se perdre, se trouver,
    et s'agit-il seulement du regard quand le froid
    te saisit, comme on dit, t'arrête pour mieux te mordre
    mais sans bouche, bien sûr, sans dents, toutes les images
    s'éparpillent, pâlissent, tu dis le froid et moi
    moi et le froid, tu répètes moi, froid, tu éprouves
    sur tes lèvres cette unique syllabe, l'écho
    qui de l'un à l'autre vous confond, alors plus de mot,
    la seule présence tombée comme un bloc massif,
    une sorte de suspens où tout se pétrifie,
    l'haleine, l'espace, le temps lui-même devient
    pauvre, tu ne te reconnais plus, ta voix se fige,
    tu suces un morceau de glace sonore, plus rien
    ne sort de ta bouche qu'un filament de salive
    qui luit, qui durcit, pourras-tu jamais parler,
    les jours se succèdent comme des images blanches,
    ils t'emportent, te ramènent à la même présence
    de cette voix qui parfois en sait bien plus que toi,
    on dirait qu'elle n'a pas bougé, qu'elle t'attend
    tu ne sais où, quelque part au milieu de ces mots
    qu'elle prononce dans ta bouche, tu les écoutes,
    tu parles comme si tu ne savais pas parler,
    ce que tu dis tu ne le comprends pas mais c'est là,
    c'est une évidence comme l'air que tu respires,
    comme cette table sous ta main où tu t'appuies,
    qui te résiste, qui te rappelle le miracle
    quotidien, aller dans la vapeur du jour levé,
    traverser une place, dire je suis vivant,
    je marche, je fais l'espace, longer une rue,
    le café où l'homme lit les nouvelles du jour,
    le joailler, le magasin de prêt-à-porter,
    répéter je suis vivant, entrer dans une allée,
    passer à côté d'un vélo, de quatre poubelles,
    monter des marches poussièreuses, ouvrir une porte,
    la refermer, écouter les voix dans l'escalier,
    le petit chien qui s'égosille, le grincement
    des pas au-dessus, ne plus dire mais se sentir
    vivant, malgré tant de raisons de ne pas y croire,
    vivant, oui, tu voudrais que tout répète avec toi
    vivant la table, la chaise, vivant le passant
    croisé, vivant le feuillage, le ciel qui se couvre,
    les toits poudrés de neige, le vent froid qui te giffle,
    l'air qui te traverse, vivant, mais les mains tendues,
    les corps prostrés, les yeux vides crachent leur silence,
    alors tu ne dis plus, tu t'enfonces dans ta honte
    de vivant vivant, tu sens quelque chose qui monte
    en toi, qui appelle, une rumeur, un grondement,
    et quand tu cries, ce n'est pas toi qui crie mais le cri
    de toutes les gorges dans ta gorge, tu voudrais
    dire la vie et sa beauté , tu dis la douleur,
    et la mort, tu serres les dents, tu serres les poings
    ou tu ne serres rien, tu étouffes simplement,
    et pourtant tu es vivant, le dieu est là tout près,
    son éclair scintille, alors comment s'y reconnaître,
    faire de la vie avec la mort, tirer des ténèbres
    cette lumière et comment ne pas la saluer,
    debout, aveugle, dans sa clameur silencieuse,
    avec le corps entier qui s'ouvre comme un regard,
    cristal, poudre, neige, rien n'est là et tout est là,
    l'espace coule de tes yeux, le jour, la montagne,
    le chêne, la clôture se lèvent dans la voix,
    la même toujours, celle qui une fois encore
    te traverse et d'où vient-elle pour qu'il y ait
    ce suspens, cet oubli dans ce qui soudain commence,
    vitre, visage, un autre jour mais sans nom, sans date,
    la simple surprise d'être là, que tout soit là
    comme à jamais en équilibre sur ce noyau
    de foudre autour duquel tourne le monde, tu te
    tais, tu regardes, tu écoutes, touches, vacilles,
    le cercle des choses se referme, où es-tu


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  • VIENT DE PARAÎTRE

    L'orage vient 

     

    Tu arrives de plus loin.

    On ne sais pas d'où tu es

    ni quel visage tu as.

    On entend une musique

    sous le silence. On voudrait

    la garder trouver un nom

    pour la dire. Mais on n'a pas

    de bouche, pas de main

    pour l'écrire. Seul ce feu

    du désir, l'orage vient.

     

    Editions
    La Porte 
    Yves Perrine, 215 rue Moïse Boudhuin, 02000 Laon 


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  • Vient de paraître aux Éditions TARABUSTE

    rue du Fort

    36170 Saint-Benoît-du-Sault

    Fax 02 54 47 67 65

    Jacques Ancet/Claude Melin

    L'ENTRE-DEUX

    Tirage 100 exemplaires

    sur grands chiffons des papèteries Joahannot,

    tous signés et numérotés

    22,5cmX16,5cm

    40 euros

     

     

    Que ce soit l'éblouissement brusque, l'ombre passante sur ton

    visage, c'est toujours cet instant qui s'arrache à lui-même, et

    toi avec. Tu glisses à travers une douceur de feu, tes mains

    sont des poignées d'étincelles. Très vite, tu as perdu ton nom

    et quand ta bouche parle il en sort le jour: un voyage de syllabes.

     

     

     

     

     

     

     


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  • Andrés Sánchez Robayna / Antoni Tàpies

    SUR UNE CONFIDENCE DE LA MER GRECQUE
    présenté et traduit par Jacques Ancet
    Gallimard

    Ce n'est pas la première fois qu'Andrés Sánchez Robayna travaille avec Antoni Tàpies, mais c'est la première fois que leur collaboration est aussi étroite. " Sans doute parce qu'une même recherche les anime. Par-delà les images familières, les routines perceptives de la réalité, mais en même temps avec elle, avec ses matières, ses objets usés, la quête de cet illimité, de ce vide de formes que traverse une énergie, où tout s'abîme et s'engendre à la fois. "
    A cette double suite de poèmes où dialoguent passé et présent, ténèbres et éblouissement, morts et épiphanies, éternel et éphémère, répond, porté par la même tension, chaque dessin de Tàpies: présence charnelle des empreintes de mains sur la blancheur sans fond de la page, signes désordonnés de ce qui se défait et se fait, disparitions, apparitions. D'où le prix de ce petit livre. Ces affinités, cette fraternité des deux démarches qui, chacune dans son ordre, répond à l'appel, aux sollicitations de l'inconnu
    .

    DEUX ou trois nuages.
    Et puis l'immensité de l'air tremblant,
    dans la brume de l'aube.

    Les paupières
    de la mer surgissaient.
    Surgissaient et frappaient.

    Elles frappaient
    les flancs de la lumière.

    Ces signes là blessaient.
     





    C'ETAIT l'attente, la mer du matin,
    les côtes
    entrevues, solitaires,
    désertes,
    la pupille solaire.

    Quel jaillissement ! Tu pus
    l'ouvrir, une pupille
    entretissée à l'autre, apercevoir
    les côtes, lumière
    entretissée qui se répand de très lointaines pierres
    et traverse la brise,
    pleine d'espace, couvre
    cette théorie d'îles dispersées.
     






    TU ENTENDIS
    presque inaudible, engloutie
    au fond des puits de la lumière,
    une rumeur, une syllabe presque,
    parmi les eaux.

    Elle tombait du tympan,
    dans l'espace
    du non dit, de l'indicible peut-être,
    elle tombait, brève
    rumeur saline, dans le silence.

    Tu l'écoutais naître
    au dicible, de l'inarticulé.
     





    PEU A PEU le soleil, dans son domaine,
    prit possession des eaux, et mit l'ombre
    dans l'écume, créa le grand vide des vagues.

    Ecroulées et soudaines, les vagues
    saluaient le soleil et renaissaient.
    De hautes lueurs dansaient sur la mer d'été.

    Les dieux souriaient sur les eaux brillantes.
    Qu'ils ne meurent pas ces dieux. Qu'ils sourient
    dans l'éternel, la mer soit leur sourire.

     

     


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  • Jacques ANCET

    ENTRE CORPS ET PENSÉE

    publié avec le concours du Centre National du Livre
    Un ouvrage de 160 pages, au format 11X19 cm. Collection le dé bleu
    Choix de poèmes établi et présenté par Yves Charnet
    couverture : Alexandre Hollan

    « Un vide venu de nulle / part, qui souffle, qui traverse / les murs, les arbres, les corps ». C'est à ces vibrations de l'invisible que s'est, du premier jour, vouée la poésie de Jacques Ancet. La poésie de ce sujet neutre qui signe — on le devine à maints indices — à regret, presque, des livres constituant, dans le temps, l'anonyme enregistrement d'une « rumeur muette ». Un sujet toujours au bord de lui-même comme du monde dont le mondoiement n'en finit plus de le fasciner. Jusque dans sa quotidienneté la plus rudimentaire. Écrire scande l'interminable attente d'une plénitude à venir. Dans la nostalgie de l'impossible. Comme signés par personne — rien qu'un masque d'os et de peau... — ces poèmes sont les stigmates d'un témoin brûlé par l'imminence d'une fulgurante apparition. Plus voyeur que voyant, ce poète tient à ciel ouvert un « journal de l'air » où il guette, traque, épie la moindre épiphanie. Chaque brin d'herbe a quelque chose à dire. Tel est le cogito poétique d'un sujet brûlant qui communique aux mots — à l'intervalle blanc qui les sépare autant qu'il les relie — le feu de son expérience la plus vive. Expérience de ce qui fait que vivre devient consubstantiel à dire. Depuis toujours déjà. « L'imperceptible brûle ». Voici, en dernière analyse, la vérité qui consume cette poésie. Ces poèmes qu'on va lire. Dans leur contagieuse ardeur. Ces poèmes qui sont la cendre encore chaude d'une incandescence minuscule et fabuleuse. Quand dire, c'est vivre — entre corps et pensée.

    Extrait de la préface d'Yves CHARNET

    Pour se procurer le livre écrire à

    L'IDÉE BLEUE éditions, 6 place de l'Église, 85310 CHAILLÉ SOUS LES ORMEAUX

     


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