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Lumière des jours

le blog de Jacques Ancet

Jorge Luis Borges: QUELQUES POEMES | 13 juin 2007

Jorge-Luis BORGES

QUELQUES POEMES


L'autre, le même, 1964


Le tango

Où sont-ils donc ? demande l'élégie
Les disparus, comme s'il existait
Une région où le passé serait
L'Encore, le Toujours, et l'Aujourd'hui.

Où sont-ils donc (je redis) les bravaches
Qui ont fondé dans des hameaux déserts,
Dans des rues de poussière et de terre
la secte du couteau et du courage.

Où sont-ils donc, ceux-là qui sont passés,
Laissant à l'épopée un peu d'action,
Leur fable au temps, et qui sans aversion,
lucre ou passion, se sont entretués.

Je les cherche dans leur légende, au soir
Dans la braise qui, incertaine rose,
Garde de cette pègre quelque chose,
celle des Halles et du Vieil Abattoir.

Quelles sombres ruelles, quelle plaine
D'un autre monde habite l'ombre dure
De celui qui était une ombre obscure,
Ce Muraña, ce couteau de Palerme ?

Et ce terrible Iberra, (que Dieu l'ait
en sa sainte garde) qui sur un pont
Tua Ñato son frère qui avait
Fait plus de morts, et le compte était bon.

C'est une mythologie de poignards
Qui lentement s'annule dans l'oubli ;
Une chanson de geste qui périt
en de sordides et policières histoires.

Il est une autre braise, un autre feu
Dans la cendre où ils sont, une autre rose ;
Tous ces fiers bretteurs sont là qui reposent
Avec le poids du couteau silencieux.

S'ils ont perdu dans la boue le couteau
Hostile, ou cet autre couteau, le temps,
Malgré le temps et la mort accablants
Tous ces morts sont vivants dans le tango.

Ils sont dans la musique, le cordage
De la guitare obstinée, laborieuse,
Qui trame dans la milonga heureuse
La fête et l'innocence du courage.

Dans le vide la roue jaune tournoie
Avec chevaux et lions, j'entends l'écho
Des tangos d'Arolas et de Greco
Qu'on dansait sur le trottoir devant moi,

Dans un instant qui émerge, isolé,
Sans avant ni après, contre l'oubli,
Et qui a goût de ce qui s'est enfui,
Qui s'est enfui et qui est retrouvé.

Dans les accords, il est des choses vieilles :
L'autre patio et, entrevue, la treille
(Entre les murs, à l'abri des regards,
Le Sud conserve et guitare et poignard.)

Rafale, le tango, ou diablerie,
Aux années affairées, il se mesure ;
Fait de poussière et de temps, l'homme dure
Bien moins que la légère mélodie,

Qui n'est que temps. Le tango crée, brumeux,
Un passé finalement vrai alors,
L'impossible souvenir d'être mort
En se battant, dans un coin de banlieue.


*



Spinoza

Elles taillent les translucides mains
Du juif, dans la pénombre, les cristaux.
Le soir est peur et froid en son déclin.
(Au soir qui vient chaque soir équivaut).

Ses mains comme l'espace de jacinthe
Qui aux lisières du Ghetto pâlit
Existent peu pour l'homme qui construit,
calme, le songe clair d'un labyrinthe.

La gloire ne l'émeut pas, cet espoir
De songes au songe d'un autre miroir,
Ni le craintif amour des jeunes filles.

Métaphores et mythes, il les oublie
taillant son cristal: la carte infinie
De Qui dans toutes ses étoiles brille.


*



Œdipe et l'énigme

Quadrupède à l'aurore, droit à midi
Puis au vain espace du soir errant
Sur ses trois pieds, c'est ainsi qu'elle vit
La sphynge éternelle son frère fuyant,

L'homme, et avec le soir un homme vint
Qui, pris d'épouvante, dans le miroir
De la monstrueuse image put voir
Le reflet déclinant de son destin.

Éternellement, Œdipe c'est nous,
La longue et triple bête, c'est nous, tout
Ce qui de nous sera et nous a fui.

Nous serions écrasés de voir l'immense
Forme de notre être; avec sa clémence
Dieu nous offre succession et oubli.



Pour les six cordes, 1965


Milonga des deux frères

Que la guitare nous rapporte
Des histoires d'acier qui brillait,
De jeux de cartes et d'osselets,
De courses et de verres au bistrot,
De la Côte Sévère un couplet
Et du vieux Chemin des Troupeaux.

Allez, une histoire d'hier,
Qu'apprécieront les moins malins;
Pas d'harmonie pour le destin
Nul ne le lui reprochera —
Cette nuit à ce que je vois
Du Sud le souvenir revient.

Voici donc, messieurs, une histoire,
Celle des Iberra, les deux frères,
Des hommes d'amour et de guerre,
Devant le danger les meilleurs,
La fine fleur des ferrailleurs,
Ils sont aujourd'hui sous la terre.

Les hommes se perdent souvent
Par l'orgueil ou par l'avarice:
Le courage aussi devient vice
Pour qui nuit et jour s'y soumet —
Des deux le plus jeune devait
Le plus de morts à la justice.

Lorsque Juan Iberra découvrit
Qu'il faisait moins bien que son frère
Il fut aveuglé de colère
Et un piège lui prépara
D'un coup de feu il le tua
Là-bas vers la Côte Sévère.

Sans traîner et sans se presser
Il le déposa sur les voies
le livrant au train de passage.
Le train le laissa sans visage
Car lui, l'aîné, il voulait ça.

Ainsi de manière fidèle
J'ai tout conté jusqu'à la fin ;
Toujours l'histoire de Caïn
Qui vient tuer son frère Abel.



La monnaie de fer (1972)


Baruch Spinoza


Brume d'or, le Couchant pose son feu
Sur la vitre. L'assidu manuscrit
Attend, avec sa charge d'infini.
Dans la pénombre quelqu'un construit Dieu.
Un homme engendre Dieu. Juif à la peau
Citrine, aux yeux tristes. Le temps l'emporte
Comme la feuille que le fleuve porte
Et qui se perd dans le déclin de l'eau.
Qu'importe. Il insiste, sorcier forgeant
Dieu dans sa subtile géométrie ;
Du fond de sa maladie, son néant,
De ses mots il fait Dieu, l'édifie.
Le plus prodigue amour lui fut donné,
L'amour qui n'espère pas être aimé.



La rose profonde, 1975


Moi

Le crâne, un cœur avec sa vie secrète,
Les chemins de mon sang dissimulés,
Et les tunnels du rêve, ce Protée,
Les viscères, la nuque, le squelette.
Je suis ces choses. Et, je ne peux y croire,
Je suis aussi un épée, sa mémoire,
Celle d'un soleil seul et déclinant
Qui se disperse en or, ombre, néant.
Je suis celui qui voit les proues, du port ;
Je suis ce peu de livres, de gravures
Fatigués par le temps et son usure.
Je suis celui qui jalouse les morts.
Et, plus étrange, l'homme qui assemble
Des mots chez lui, dans un coin de sa chambre.



Les conjurés, 1985


Les fleuves

Nous sommes temps. Nous sommes la fameuse
parabole d'Héraclite l'Obscur,
nous sommes l'eau, non pas le diamant dur,
l'eau qui se perd et non pas l'eau dormeuse.
Nous sommes fleuve et nous sommes les yeux
du grec qui vient dans le fleuve se voir.
Son reflet change en ce changeant miroir,
dans le cristal changeant comme le feu.
Nous sommes le vain fleuve tout tracé,
droit vers sa mer. L'ombre l'a enlacé.
Tout nous a dit adieu et tout s'enfuit
La mémoire ne trace aucun sillon.
Et cependant quelque chose tient bon.
Et cependant quelque chose gémit.




Publié par Tecna à 14:18:15 dans Traductions inédites | Commentaires (0) |

Quevedo: deux sonnets | 27 mai 2007


Francisco de QUEVEDO, Espagne, 1580-1645

DEUX SONNETS


AMOUR CONSTANT AU-DELÀ DE LA MORT


Clore pourra mes yeux l'ombre dernière
Que la blancheur du jour m'apportera,
Cette âme mienne délier pourra
l'Heure, à son vœu brûlant prête à complaire;
                                     
Mais point sur la rive de cette terre
N'oubliera la mémoire, où tant brûla;
Ma flamme sait franchir l'eau et son froid,
Manquer de respect à la loi sévère.

Ame dont la prison fut tout un Dieu,
Veines au flux qui nourrit un tel feu,
Moelle qui s'est consumée, glorieuse,

Leur corps déserteront, non leur tourment;
Cendre seront, mais sensible pourtant;
Poussière aussi, mais poussière amoureuse.






QUI REPRESENTE LA BRIEVETE DE SA PROPRE VIE

Hier fut songe, et Demain sera terre:
rien peu avant, et peu après fumée.
Et moi plein d'ambitions, de vanité,
à peine un point du cercle qui m'enserre!

Brève mêlée d'une importune guerre,
je suis pour moi le suprême danger.
Et tandis que je sombre tout armé,
moins m'abrite mon corps qu'il ne m'enterre.

Hier n'est plus; Demain s'annonce à peine;
Le Jour passe, il est, il fut, mouvement
qui vers la mort précipité m'entraîne.

Chaque heure est la pelle, chaque moment
Qui pour un prix de tourments et de peines,
Creuse au cœur de ma vie mon monument.

Publié par Tecna à 20:19:50 dans Traductions inédites | Commentaires (1) |

Portrait de poète | 01 mai 2007

Luis Cernuda, Espagne (1902-1963)

 

Quand tes heures sont comptées (1950-1956) 

 

 

PORTRAIT DE POETE
(FRAY H.F. PARVICINO, PAR LE GRECO)
                                              
                                                                              A Ramón Gaya
 Te voilà toi aussi, mon frère, mon ami,
Mon maître, dans ces limbes ? Comme moi
Qui t'y a conduit ? La folie des nôtres
Qui est la nôtre ? L'appât du gain de ceux qui
Vendant le patrimoine hérité et non gagné, ne savent
L'aimer ? Tu ne peux me parler, et moi je peux
Parler à peine. Mais tes yeux me fixent
Comme s'ils m'invitaient à voir une pensée.

 Et je pense. Tu regardes au loin. Tu contemples
Ce temps-là arrêté, ce qui alors
Existait, quand le peintre s'interrompt
Et te laisse paisible à regarder ton monde
A la fenêtre : ce paysage brutal
De rocs et de chênes, tout entier vert et brun,
Avec, dans le lointain, le contraste du bleu,
D'un contour si précis qu'il en paraît plus triste.

 C'est cette terre que tu regardes, cette cité,
Ces gens d'alors. Tu regardes le tourbillon
Brillant de velours, de soie, de métaux
Et d'émaux, de plumages, de dentelles,
Leur désordre dans l'air, comme à midi
L'aile affolée. Voilà pourquoi tes yeux
Ont ce regard, nostalgique, indulgent.

 L'instinct te dit que cette vie d'orgueil
Elève la parole. La parole y est plus pleine,
Plus riche, et brûle pareille à d'autres joyaux,
D'autres épées, croisant leurs éclats et leurs lames
Sur les champs imprégnés de couchant et de sang,
Dans la nuit enflammée, au rythme de la fête,
De la prière dans la nef. Cette parole dont tu connais,
Par le vers et le dialogue, le pouvoir et le sortilège.

 Cette parole aimée de toi, en subjuguant
La multitude altière, lui rappelle
Que notre foi est tournée vers les choses
Non plus perçues au dehors par les yeux
Quoique si claires au dedans pour nos âmes ;
Les choses mêmes qui portent ta vie,
Comme cette terre, ses chênes, ses rochers,
Que tu es là, à regarder paisiblement.

 Je ne les vois plus, et c'est à peine si à présent
J'écoute grâce à toi leur écho assoupi
Qui une fois de plus veut resurgir
En quête d'air. Dans les nids d'autrefois
Il n'y a pas d'oiseaux, mon ami. Pardonne et comprends ;
Nous sommes si accablés que la foi même nous manque.
Tu me fixes, et tes lèvres, en leur pause méditative,
Dévorent silencieuses les paroles amères.

 Dis-moi. Dis-moi. Non ces choses amères, mais subtiles
Profondes, tendres, celles que jamais n'entend
Mon oreille. Comme une conque vide
Mon oreille garde longtemps la nostalgie
De son monde englouti. Me voilà seul,
Plus même que tu ne l'es, mon frère et mon maître,
Mon absence dans la tienne cherche un accord,
Comme la vague dans la vague. Dis-moi, mon ami.

 Te souviens-tu? Dans quelles peurs avez-vous laissé
L'harmonieux accent ? T'en souviens-tu ?
Cet oiseau qui était le tien souffrait
De la même passion qui me conduit ici
Face à toi. Et bien que je sois rivé
A une prison moins sainte que la sienne,
Le vent me sollicite encore, un vent,
Le nôtre, qui fit vivre nos paroles.

 Mon ami, mon ami, tu ne me parle pas.
Assis, paisible, en ton élégant abandon,
Ta main délicate marquant du doigt
Le passage d'un livre, droit, comme à l'écoute
Du dialogue un moment interrompu,
Tu fixes ton monde et tu vis dans ton monde.
L'absence ne t'atteint pas, tu ne la sens pas ;
Mais l'éprouvant pour toi et moi, je la déplore.

 Le nord nous dévore, captifs de ce pays,
Forteresse de l'ennui affairé,
Où ne circulent que des ombres d'hommes,
Et parmi elles mon ombre, oisive pourtant,
Et en son oisiveté, dérision amère
De notre sort. Tu as vécu ton temps,
Avec cette autre vie que t'insuffle le peintre,
Tu existes aujourd'hui. Et moi, je vis le mien ?

 Moi ? Le léger et vivant instrument,
L'écho ici de toutes nos tristesses.

Publié par Tecna à 11:56:32 dans Traductions inédites | Commentaires (0) |

Le stylite | 26 mars 2007

  MELCHOR LÓPEZ

 


LE STYLITE


 Le stylite
debout
sur la colonne
mâchonne
une pauvre
prière, son psaume
estropié, une lèpre
de la parole
ainsi façonnée.

 *

Une colonne
seule, au milieu
des déserts,
des mirages
multipliés.
Une colonne
tronquée.

Une ombre qu' effacent,
que recouvrent
sans trêve
obstinés
les sables.

Une colonne
et son ombre de marbre
effacée.

 *

Une colonne
tronquée.
Une parole
tronquée
expire à présent
sur ses lèvres lépreuses.

*
**

  Un pestiféré
une guenille de plaies
un ramassis au soleil
rien que la peau, les os.
Je bois le poison d'une eau,
comme le déchet,
le fiel d'un ange,
la bouche ulcérée
par la langue de pierre.

*
**

Passent les caravanes au loin.
Elles portent leurs marchandises aux cités:
les bijoux, les lampes, l'argent,
la myrrhe, l'énigme des livres.
Au loin passent les caravanes
par des chemins connus et invisibles.
 
Cette voix ne commerce
qu'avec les marchands de silence.

Melchor López est né à Ténérife en 1965. Proche de la revue Paradiso, il a publié Trece poemas  — “Treize poèmes” (1993), Altos del sol  — “Hauteurs du soleil” — (1995) et  El estilita  — “Le stylite” — (1997)

Publié par Tecna à 18:12:52 dans Traductions inédites | Commentaires (0) |

Miguel Martinon | 13 mars 2007

Miguel Martinón

Poèmes


TRACÉS

Impromptu

 Regarde naître la lumière
elle vient de la terre
des volcans elle jaillit au loin
monte bleue de la mer
la voilà qui monte
monte de la plage
autour des palmiers de l'allée
jusqu'à l'ombre de la terrasse
où tu approches la tasse
de tes lèvres
et je te regarde regarder
la lumière qui surgit
dans l'air
tout autour des palmiers
s'élève de la mer
des volcans qui demeurent ocres
dans l'étendue d'avril

  Trajet

 Sur le volume des maisons
croisent les bateaux tranquilles
passent les palmes
hautes les grues
dressées dans la brise
dans l'image sans éclat de l'heure
qui se reflète sur la baie

 Par les rues éteintes
d'autres regards descendent
anonymes
au fond de la soirée
                                      grise

 Lieu

 Dans l'enceinte humide l'eau
ne cesse de jaillir
parmi les tilleuls elle descend
elle court rumeur fraîche
vers le fond de l'été

 Assiégés de lumière
les palmiers montent en flammes
auprès de ces rochers
découpés sur le silence bleu

 Dans le ravin
d'autres voix muettes passent
résonnent obscures dsans le bois
qui s'élève invisible

  Image

 Végétal
le regard parcourt la vallée
absorbe silencieuse
la fuyante clarté

 sur la terrasse
suspendu il retient
l'ardeur de la soirée

 poursuit le vol des oiseaux
qui s'éloignent rapides
jusqu'à l'ombre verticale
que vont dire les mots

   Vision

 A l'ombre du pin
je vois  couler le temps
arrêté sur la place
j'écoute la lumière
la chaleur de l'heure haute
sur le village silencieux
son battement muet
autour du pin
qui crée l'espace intact
de cet air
l'ombre depuis laquelle je vois

                                    (Límites, 1995)

      Proximité lointaine

  1

 Tombé ici dans l'air
profond je le regarde,
je touche sans fin
sa transparence

 Je marche sur l'eau qui tremble
le sable de la plage
je vais au bord de la lumière:
je touche de nouveau
le sel sur le rocher
sur l'humble vert
de la tabaiba

 De la scène de la mer
s'élève
translucide, impalpable
la rumeur du temps

 2

 Je regarde l'air, je regarde l'heure
qui coule bleue
sur la mer

 Passent les mêmes barques,
elles voguent arrêtées dans la même lumière

 Je touche le sein creux de l'instant:
je marche à tâtons,
les mains de leur désir
poursuivent
le vol blanc des nuages,
l'ombre fugitive
des mouettes

  3

 Ici, au bord, j'écoute:
j'interroge le silence
du jour,
immobile je regarde à présent
sous les eaux
au-delà de la plage

 J'écarte les feuillages de la lumière:
s'ouvrent
les couches de l'air
du temps,
et j'entends la mer
sourde qui bat
dans une autre soirée
contre les pierres du rivage,
qui se brise sombre déjà
sur les sables noirs
de cet été

 4

 Je suis la limite des eaux,
je pénètre dans cet air,
dans ce midi
fugace
où brillent les corps
nus sur la plage

 Je continue seul,
je respire encore:
je m'immerge dans la clarté,
de ce maintenant
successif, insaisissable

  Je vais au-delà
je cherche sous la lumière:
dans son centre étincelant
passent
des ombres

Publié par Tecna à 16:38:51 dans Traductions inédites | Commentaires (0) |

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