La dernière phrase (2000-2001) Lettres Vives, 2004.<?xml:namespace prefix = o ns = "urn:schemas-microsoft-com:office:office" /><o:p>
</o:p><o:p> </o:p>3<o:p>
</o:p>Il n'y a ni drame ni déchirure. On dirait dans le jour un infime vertige. Rien ne change mais tout vacille. Ce qu'on voit, on le voit comme s'il venait de s'absenter et que chaque objet portait encore une trace de ce qui s'éloigne. Un peu de chaleur avant le froid. Une attente qui n'attend plus rien.<o:p>
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</o:p>Ou qui attend trop pour s'achever. Tous les agendas sont périmés c'est pourquoi on l'oublie. On se dit que rien jamais n'a eu lieu. Pourtant quelque chose se trame, on le sait, si loin, si proche qu'on ne sent rien. Ou si peu: ce souffle dans le souffle, et dans les yeux qui ne le voient pas l'image noire qui rend aveugle.<o:p>
</o:p>*<o:p> </o:p>On regarde aussi pour lui le gris qui éteint les couleurs, la lenteur arrêtée des feuilles sur le ciel. On recommence la page vide d'un temps qu'il ne pourra plus rejoindre. Il est resté là au bord des jours. On croit l'avoir oublié, ailleurs, mais sous les yeux, soudain, il revient. On le voit: on ne le regarde pas.<o:p>
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On se dit qu'il faut bien qu'il soit là, quelque part, pour qu'on ait ce regard si proche de ce qui se défait. On se dit qu'il avait dû aimer ce qui lui aussi le traversait comme ce vent qui couche l'espace, le rend visible. On se dit qu'alors il n'est pas complètement parti puisqu'on peut voir encore le ciel.<o:p>
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Quelque part, peut-être nulle part on entend une voix. Elle parle et son murmure fait un peu d'ombre. On dirait un bruissement de feuilles, quelque chose qui serait au bord de vivre ou, avec le soir venu, qui parlerait tout près de l'oreille. Parfois on ne l'entend plus. On cherche. On appelle en silence. On écoute.<o:p>
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Mais l'écoute est traversée de temps. Il y a des paroles. Il disait: les Havres gris, ah! les Havres gris, j'en ai presque pleuré. On sentait passer comme une fraîcheur d'enfance. Les dernières pages: on les regarde. On les voit si loin que ni les mains ni les yeux, rien ne peut les toucher. On attend. Quelqu'un vient de sortir. <o:p>
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Lui, le désir ou la peur, c'est lui dans la cendre arrêtée de novembre. Il faudrait retrouver les genoux, le regard clair de cette imminence où seule se tient la vie, éclair et noir aussitôt. On l'appelle encore dans un silence de mots qui bougent. On lui dit reviens un peu. Bien sûr il ne répond pas. Les mains sont froides<o:p>
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On s'enfonce dans le soir. On cherche ce qui n'est pas, comme un ricochet (éclair et cercles lents) sur l'eau noire. Des jours se sont perdus, des années. On ne retrouve qu'une clarté jaune et plus rien d'autre pour l'atteindre dans le mirage de la mémoire. On compte sur les doigts quelque chose qu'on ne peut pas compter. On s'arrête.<o:p>
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Une lente sécrétion de mots accompagne sa disparition. On voudrait croire qu'ils le retiennent mais non. Chacun l'efface un peu plus parce qu'il dit le jour qui s'en va, l'ombre qui tombe, le froid aux pieds. Pourtant, quelque chose ne meurt pas. Même trop tard, c'est ce qui insiste, un sursaut, un geste dans un geste.<o:p> </o:p>