
L'heure de cendre (Opales, 2006)
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Ecoute. Ne serait-ce que le bruit de mes mots
ces courbes que font les phrases
leurs ruptures aussi
comme les battements d'un pouls mal réglé
parfois tu t'y reconnaîtras
tu verras que quelque chose existe toujours
un geste, une manière de se gratter le front, de respirer
mais ne crois pas que je veuille te retenir à tout prix, non. J'aimerais seulement que nous écoutions ensemble ce qui nous appartient encore un peu le jour qui s'achève, comment te dire
je t'imagine, j'hésite : il est six heures, les lumières
vont bientôt s'allumer
tout en parlant, je sens qu'un autre est là, j'entends le rythme de sa respiration, le timbre de sa voix, presque
comment me croire alors? Mais je ne te le demande pas. Ecoute-moi, simplement
sans cesser tes gestes quotidiens : écrire une lettre, faire chauffer la soupe, mettre le couvert, que sais-je
l'eau qui coule les bruits ne me gêneront pas : le tintement des cuillers, le froissement bleu des flammes du gaz, l'eau qui coule du robinet, et
même si tu ne comprends pas tout, si tu oublies de m'écouter, tant pis, tu seras là, encore un peu
je saurai qu'il me suffit presque de tendre la main pour sentir ta chaleur. Mais les mots me suffisent
l'espace de ta présence que je sens, même si je ne te vois pas avec la nuit
tout ce qui fait cet instant si différent des autres malgré l'angoisse ou peut-être à cause d'elle
transparence noire où brillerait chaque éclat de la vie
<?xml:namespace prefix = o ns = "urn:schemas-microsoft-com:office:office" /><o:p> </o:p><o:p> </o:p> Laisse-moi m'approcher un peu plus, avec ces mots que je cherche
de longues heures nous séparent du matin. Traversons-les ensemble
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