•  L'heure de cendre


    L'heure de cendre (Opales, 2006)



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                Ecoute. Ne serait-ce que le bruit de mes mots
                ces courbes que font les phrases
                leurs ruptures aussi
                comme les battements d'un pouls mal réglé
                parfois tu t'y reconnaîtras
                tu verras que quelque chose existe toujours
                un geste, une manière de se gratter le front, de respirer
                mais ne crois pas que je veuille te retenir à tout prix, non. J'aimerais seulement que nous écoutions ensemble ce qui nous appartient encore un peu le jour qui s'achève, comment te dire
                je t'imagine, j'hésite : il est six heures, les lumières
                vont bientôt s'allumer
                tout en parlant, je sens qu'un autre est là, j'entends le rythme de sa respiration, le timbre de sa voix, presque
                comment me croire alors? Mais je ne te le demande pas. Ecoute-moi, simplement
                sans cesser tes gestes quotidiens : écrire une lettre, faire chauffer la soupe, mettre le couvert, que sais-je
                l'eau qui coule les bruits ne me gêneront pas : le tintement des cuillers, le froissement bleu des flammes du gaz, l'eau qui coule du robinet, et
                même si tu ne comprends pas tout, si tu oublies de m'écouter, tant pis, tu seras là, encore un peu
                je saurai qu'il me suffit presque de tendre la main pour sentir ta chaleur. Mais les mots me suffisent
                l'espace de ta présence que je sens, même si je ne te vois pas avec la nuit
                tout ce qui fait cet instant si différent des autres malgré l'angoisse — ou peut-être à cause d'elle
                transparence noire où brillerait chaque éclat de la vie
    <?xml:namespace prefix = o ns = "urn:schemas-microsoft-com:office:office" /><o:p> </o:p><o:p> </o:p>            Laisse-moi m'approcher un peu plus, avec ces mots que je cherche



                de longues heures nous séparent du matin. Traversons-les ensemble

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  • Jacques Ancet

     

    Jacques Ancet est né à Lyon en 1942. Il vit et travaille près d'Annecy.

    Outre un cycle de poèmes romanesques-- L'Incessant (Flammarion, 1979),
    La Mémoire des visages (Flammarion, 1983), Le Silence des chiens (Ubacs, 1990, réed. publie.net/publie.papier, 2012) et La Tendresse (Mont Analogue, 1997, réed. publie.net/publie.papier, 2012) --, un roman -- Le Dénouement (Opales, 2001) -- et une chronique -- Image et récit de l'arbre et des saisons (André Dimanche, 2002) --, il a publié une vingtaine de livres de poèmes dont, dernièrement, L'imperceptible (Lettres Vives, 1998), Vingt quatre heures l'été, (Lettres Vives, 2000), La cour du cœur (Tarabuste, 2000), Le jour n'en finit pas, (Lettres Vives, 2001), La brûlure (Lettres Vives 2002), La dernière phrase, (Lettres Vives 2004), Un morceau de lumière illustré par Alexandre Hollan, (Voix d'Encre, 2005), Diptyque avec une ombre, (Arfuyen, 2005),  Sur le fil, (Tarabuste, 2006) L'heure de cendre, (Opales, 2006) La ligne de crête, (Tertium éditions, 2007), Entre corps et pensée, Anthologie composée par Yves Charnet, (L'Idée bleue/Ecrits des Forges, 2007), Journal de l'air, (Arfuyen, 2008), L'Identité obscure, (Lettres Vives, 2009), Puisqu'il est ce silence, Lettres Vives, 2010, Chronique d'un égarement, Lettres Vives, 2011, Portrait d'une ombre, Po&psy/Erès, 2011, Comme si de rien, l'Amourier, 2012, Les Travaux de l'infime, Po&psy "in extenso", Erès, 2012.

    Prix Charles Vildrac 2006 de la Société des Gens de Lettres, Prix Heredia 2006 de l'Académie française, Prix Apollinaire 2009


    Essayiste -- Luis Cernuda (Seghers, 1972), Entrada en materia (sur José Angel Valente) (Cátedra, Madrid, 1985), Un Homme assis et qui regarde (Jean-Pierre Huguet, Éditeur, 1997), Bernard Noël ou l'éclaircie (Opales, 2002), Chutes I,II,III, IV (Alidades, 2005 & 2012) , La voix de la mer, publie.net, 2008 et l'Amitié des voix, publie.net, 2009), il a aussi traduit, quelques unes parmi les plus grandes voix des lettres hispaniques comme Jean de la Croix, Francisco de Quevedo, Ramón Gómez de la Serna, Jorge Luis Borges, Vicente Aleixandre, Luis Cernuda, Xavier Villaurrutia, María Zambrano, Roberto Juarroz, Alvarez Ortega, José Ángel Valente, Antonio Gamoneda, Juan Gelman, Alejandra Pizarnik, Andrés Sánchez Robayna, etc.

    Prix Nelly Sachs 1992, Prix Rhône-Alpes du Livre 1994, bourse de traduction du Prix Européen Nathan Katz 2006.


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