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OBEISSANCE AU VENT
I
L'incessant (1974-1977)
Textes/Flammarion, 1979
poème, grêle rose du pêcher au jardin, sous l'arceau blanc du pommier avec la chaleur un peu humide, quel temps mondieu, quel temps, de ce soleil de fin d'avril qui rappelle avec peine ce qu'il était il y a dix ans sur les blés verts et sur les ventres, dans le froissement de tiges des membres tressés un peu comme ce panier acheté dans une boutique de v ou, peut‑être aussi, ces phrases qu'on essaye de laisser venir dans le mouvement sans trop les contrôler, le poème, il faut le lire pour savoir, devenir floraison d'éclats ou d'heures, passage d'un oiseau rapide comme voudrait l'être la plume qui s'épuise vite hélas à poursuivre le jour, lueurs, échos, odeurs, comme hier à l'orée de l'averse, quand montait des pelouses ce parfum d'herbe humide trop fugace cependant pour évoquer l'enfance, le lire oui, pour voir couler le ruisseau des mots évasifs mais toujours aimantés par ce sens impossible à connaître avant qu'ils n'aient séché morts sur la page, pendant qu'à la cuisine tinte l'éclair des couverts et que les cris dehors rappellent que nul n'est seul, que tout doit entrer dans le poème, même l'inconnu, les pansements criblés de mouches, l'orage sur les rizières, la boue noire où s'enfoncent les yeux, la lumière d'au‑delà des mers, violette peut‑être comme certains soirs d'été lorsque bruissent les hannetons dans les feuilles des marronniers, ou le silence de ce village et sa bulle de temps gonflée autour de nous qui revenions déjà au labyrinthe des actes vides, des phrases comme des montres remontées qui tictaquent à l'oreille, toujours semblables, çava, çava, des roues des jours dont on ne sait quand ils commencent ou finissent, sauf à voir tomber le soir, mais n'est‑ce pas nous plutôt qui tombons jusqu'au matin effacé par l'horaire, huit douze, du bétail, des p'tits soldats, et au bout, les visages fermés, les corps durs, les paroles taries, les longues soirées à chercher la cause de l'angoisse tandis que tout autour le silence s'épaissit, poisse, comme le texte à bout de course, à bout de souffle, qui se perd dans les sables et dans tout ça, le poème, et pour quoi faire, on se demande, remplir le temps comme une bouteille, vivre la vie, se compenser quand rien ne va plus, vider le trop-plein, remplir, vider, frotter les mots pour s'y voir mieux avec tout le paysage, avec l'enfant qui vient vous tirer par la manche, le crépitement des pommes de terre sautées, les titres à la une, les vieux papiers qui traînent, poème, miroir où un instant les fragments se rassemblent, ombre portée du pays intérieur, piège à mots piège à temps, piège, chemin pas à pas suivi entre les haies de pins noirs, les labours couleur de brique, frôlés de ciel, crevés du cri des pierres sous l'ombre verte des bois traversée de lumière oblique, avec toujours l'espoir de ne jamais en voir le bout, de découvrir autre chose, un vallon solitaire où vivre quand tout toujours débouche sur la route du même, poème bien sûr, la promenade toujours s'achève, le corps ne trouve plus ses mots, dernier regard posé sur le jour, sur le jardin secret encore un peu et son frémissement d'herbe où brille la rosée, ses treillis d'ombre tachés de jaune, le silence des feuilles sur le crépi du mur touché du doigt comme en l'enfance où la lumière du soir pose des profils tremblants, avec ses bruits de pas, ses rires, les fleurs de son printemps, duvets, flocons, neige qui monte, givre, haleine, paupières transparentes, lueurs du sang, lèvres, sueur de sève, goutte rouge immobile, roulée contre l'écorce, perles des cris, ciel, averse des couleurs, mémoire de soleil, figure de l'absence, poème
1974
Publié par Tecna à 09:39:05 dans Livres épuisés | Commentaires (0) | Permaliens
DEUX TANGOS
EL CHOCLO (L'épis de maïs), 1947
GLOIRE
Publié par Tecna à 17:16:08 dans Traductions inédites | Commentaires (0) | Permaliens
Après Le passage de Marcel [1], cette extraordinaire plongée dans l'intimité de celui qui, « demeuré » en deçà de toute description apprise, ne cesse d'éprouver le monde dans l'émerveillement et l'effroi, la stupeur et l'éblouissement de la première fois, Thierry Martin-Scherrer nous offre aujourd'hui avec Le fantôme de Chopin, une seconde incursion dans le mystère de cet autre être d'exception, ce raffiné, dévoré par le mal de l'impossible retour et -- puisque la vraie vie c'est jadis -- de la conscience d'être déjà mort, qui n'auront fait que consumer sa courte vie. D'où ce « fantôme » qui, au sein du corps apparemment vivant tisse en fils sonores le cocon floconneux de son invisible présence : « Essence de la musique de Chopin : génie de l'après-coup, conscience du jamais plus, brûlure du trop tard. »
D'entrée, on nous avertit. Ici, point de biographie, au sens courant du terme où l'écriture suivrait une chronologie toute extérieure, mais la fantasmographie de ce fantôme qui ne cesse d'habiter -- d'être -- Chopin et à travers laquelle, se révèle ce que seule, croyait-on, la musique pouvait faire entendre : « Pendant trente ans il a parlé à l'ombre de sa mort en un dialecte étrange, en deçà de tout mot ». Ce dialecte purement musical (« Son affaire : le son qui chuchote, le son qui rend le silence des choses. »), explique sans doute sa méfiance vis-à-vis du langage ce « son altéré qui prend les choses avec les pincettes du sens ». C'est pourquoi « le sens ne l'atteint pas » dans « sa passion d'éteindre les lumières pour ne voir que la vibration».
Or, tout le travail de l'écrivain du poète va être ici de faire passer cette vibration dans un texte qui en sera, en quelque sorte, la caisse de résonance. Car la poésie n'est pas non plus une affaire de sens « Sous le toucher, un poème palpable tombe sous le sens, atteint aux choses, à l'image qui les brûle ». La poésie est, elle aussi, une affaire, non pas de son, mais de résonance [2].
Ce qui fait la grande réussite de ce livre (comme celle de Le passage de Marcel avec lequel il forme un diptyque -- celui du simple et du complexe, du bas et du haut --, c'est qu'au lieu de décrire, de raconter, il nous fait entrer, il nous fait habiter, partager ce qu'aucun récit ne pourrait faire partager : le drame originaire qui est au fondement de toute l'œuvre de Chopin. Alors, autour de ce centre obscur, tout se met à tourner, s'ordonner, et toute la vie avec ses pesanteurs, ses aléas, ses circonstances, prendre un sens : l'impossible retour, la solitude, la politesse comme une cage de verre, la maladie -- le feu intérieur qui brûle, la consomption, les amours (Marie, George...), l'ennui (« Est-il possible de s'ennuyer autant que je m'ennuie ? »), l'Histoire (« Il regarde la Garde Nationale, qui regarde Casimir Périer, qui regarde les ouvriers et leur fait tirer dessus »), les allées et venues, les déménagements continuels, parce que ça n'est pas ça, ça ne peut être jamais ça...
Publié par Tecna à 17:19:14 dans Lectures | Commentaires (0) | Permaliens
Andrés Sanchez Robayna (Canaries)
Sur une confidence de la mer grecque
NI la chaux
ni le figuier qui resplendit,
ni même le temple aux cent portes
-- tu ne pus les compter
ce sont les portes de toi-même devant le souffle de la mer
-- ni même la
lumière qui martèle
l'enclume de ce jour
ni la peau éclatante de ce corps
ne connaîtront la durée
pauvres fragments brisés contre le ciel.
NON pas un point immobile
dans le temps indivis
mais le point incandescent de l'instant qui tourne,
la somme peut-être d'instants dans le multiple,
dans une convergence de temps, de durée
-- c'était le point que tu vis sur les eaux brillantes
du midi tout entier, face à Naxos.
Un troupeau de brebis sur la plage
redoublait sur le sable la mer innombrable.
Les eaux te répétaient encore
leur parole ignorée.
C'ETAIT une autre aurore,
poreuse. Là, face à nous,
deux rochers dans la mer
accrochaient la lumière,
mesuraient l'extension
et du sel et du temps.
MOINS encore que le point étincelant sur les eaux,
que l'ombre dans le chardon, le nuage de septembre
annulé dans le ciel de la dissipation.
CAÏQUES et voiles traversent
sans dommage la mer
et son sourd champ de pierres.
Coagulée, tournait
l'offrande d'une pierre
à la mer étendue
dans la clarté des îles.
TOUTES encore sont vivantes, les mères des héros, les îles,
tu l'as lu, et les signes, les eaux,
les oliviers solaires, le couchant
dans son cratère profond,
se sont ouverts à tes yeux comme
une permanence : la présence
pure. Regarde les îles
de l'aubépine et du figuier
incendié, regarde-les qui perdurent
comme offrande au soleil,
la durée de la beauté dans le poing solaire
et la flamme nocturne, la tourmente inférieure,
qui t'a offert un instant, dans la nudité
de la terre, cette beauté qui nous détruit.
Publié par Tecna à 17:02:29 dans Traductions inédites | Commentaires (0) | Permaliens
Commentaire I (sainte thérèse)
cher amour qui t'en vas comme un oiseau
couché dessus les horizons
faudra-t-il tous nous livrer au tout/sans
faire partie de rien/ni même du vol qui
dure est la vie/cette santé que je
creuse pour te trouver comme lumière/
parole/frêle branche où tu te poseras comme
ta main se pose sur mon cœur
me rend si petit comme pieds qui foulent
des tristesses aux rives de ce qui va chanter/
comme une grande victoire où
mes âmes ne sont que clarté de toi?
toutes portes si ce n'est une
par où tu puisses entrer/amour/
comme chaleur ou bien clarté/
comme fange comme bassesse/
ou comme abri/comme nuit si
des soleils aveuglent/ou lumière
si l'on a éteint le jour/comme
désir désiré/même si
à fixer ton cœur qui embrase
ou son oiseau doux comme un vol
dessus le ventre de mon âme
comme une main/comme la paix/
pour la flamme dont tu me brûles
dans le bois saisi de lumière
ta lumière/champ de lumière
où embrasé comme une plaie
Publié par Tecna à 16:28:46 dans Dernières traductions | Commentaires (0) | Permaliens