• La chambre vide

    La chambre vide (1989-1995), Lettres Vives, 1995.
    L'indifférence


    Quelque chose tombe avec le soir.
    La brume est une attente :
    elle monte peu à peu
    disperse la lumière.
    Un train emporte la mémoire.
    Je souffre de ce qui nous
    Sépare.
    Je te regarde.

    *

    Et maintenant
    disent les mains.
    Le jour vient.
    Le matin est un éclair.
    Entre ce qui s'ouvre
    et ce qui se ferme,
    tu es la charnière :
    la limite que je n'atteins pas.

    *

    Dans l'amour, les corps
    se détruisent et s'illuminent.
    (L'heure est un fruit de lumière)
    Soudain, ils sont plus grands
    que leur image, plus beaux 
    mais ils s'effacent.
    Ne reste qu'un miroitement 
    de visages, un silence de mains, 
    des membres qui s'éparpillent
    noirs dans la foudre blanche.

    *

    L'amour qui nous traverse est une eau courante.
    Nos corps flottent, tremblent, se dispersent.
    Reste une buée aux couleurs du jour ou du soir qui descend.
    Comment dire ces choses ?
    Le temps n'est même plus un mot.
    Chaque instant est tous les instants.
    Dans la lumière noire
    seules les mains voient
    la fontaine des formes.

    *

    Le moment où la nuit pénètre le jour
    est invisible
    comme les deux corps qui s'aiment et s'oublient.
    De longs silences les traversent
    plus musique que la plus pure musique,
    un espace pour disparaître et demeurer pourtant.
    Ils ne savent que l'instant
    qui n'en finit pas d'être l'autre,
    ils ne savent que le sang dans la lenteur des mains,
    dans la moiteur de l'impossible
    le lent éclair qui trace et foudroie leur image.

    *

    Nos corps sont une flamme 
    des gestes s'y consument.
    Même la nuit
    le jour commence.
    Nous sommes l'indifférence.

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